VENDREDI 31 AOUT – JOUR 41

Lieu de départ : Aiguines
Lever : 6h30
Heure de départ : 8h15
Heure d’arrivée : 18h30
Distance parcourue : pas beaucoup, mais que c’était bien !
Météo : soleil nuages et vent
Paysages : gorges du Verdon
Terrain : cailloux, terre, rochers

Raconté par : Blandine

     Après un repos bien mérité, nous retrouvons nos esprits et notre sérénité.

Nous traversons le village d'Aiguines et ses escaliers, puis nous amorçons l’ascension de la rive gauche du Verdon. C’est un chemin très raide qui grimpe dans la forêt, avec parfois de grosses pierres à enjamber, mais nous nous en sortons très bien, et Gaspard nous suit sans difficulté. Une montée de 1000 mètres sans escale ! Ah si, une escale, vers midi, sur un plateau sauvage pas loin du sommet. C'est un vrai paradis perdu... Impossible de faire autrement que de nous y arrêter pour une petite sieste ! Nous déjeunons pendant que Gaspard dépouille consciencieusement de leurs fleurs appétissantes les chardons environnants. Plusieurs randonneuses s’arrêtent pour l’admirer, et nous expliquons une fois de plus notre aventure. Rencontres agréables.
 

    Nous reprenons notre ascension vers 14h, et ce n’est qu’une heure plus tard que nous atteignons le vrai sommet, en pénétrant par la même occasion dans le camp militaire de Canjuers, dont nous apercevons le « grand plan » désert. Paysage lunaire. Des panneaux en trois langues nous informent que pendant tout le temps où nous cheminerons à l’intérieur des limites de ce terrain, il est strictement interdit de quitter le sentier balisé. Nous tenons Gaspard : il ne s’agit pas de le laisser nous échapper ici !
 

    Pendant la montée, nous avons laissé le lac derrière nous, puis nous sommes plusieurs fois trouvés au bord des falaises, avec vue plongeante à notre gauche sur les gorges du Verdon. Nous sommes à plus de 1500 m d’altitude, le vent souffle fort… Mais quelle vue... !
 

...Dire que le point culminant de notre voyage ne se trouvait pas beaucoup plus haut, et que nous venons de gravir la même hauteur d’un seul trait !

    La descente de l’autre côté est très raide et pénible pour nos genoux. Autre souci : Gaspard n’a pas bu depuis ce matin, il faut absolument trouver de l’eau !
    Après avoir rejoint la route qui passait en contrebas, nous arrivons près d’un « hôtel avec terrasse panoramique unique en Europe », etc. Nous, de là-haut, on avait aussi une vue panoramique… C’était plus fatigant, mais au moins on l’avait bien méritée ! Juste à côté de l’hôtel, il y a le départ du GR pour descendre dans les gorges, et aussi le poste de secours. C’est là que nous nous adressons pour avoir de l’eau. Les pompiers sont très sympa. Gaspard engloutit d’une seule traite 2 bassines remplies d’eau (15 litres !) et un morceau de melon qu’ils lui offrent. Ils nous indiquent également un endroit tranquille pour bivouaquer un peu plus loin. J’ai eu le temps de lire sur un écriteau le débit du Verdon aujourd’hui : 3m3 par seconde (ai-je bien lu ?) !
    Enfin, que ce soit 3 ou 30, quand on pense que c’est lui qui alimente l’énorme lac de Sainte Croix… Ca a dû prendre des dizaines d’années avant qu’il atteigne ce niveau !
    Nous prenons le temps d’admirer la vue : on aperçoit le GR99 en dessous de nous, dans les gorges. Nous l’avons quitté pour suivre la route, car Gaspard, malgré toute sa bonne volonté, ne franchira pas les échelles qui permettent de ressortir des gorges…
    Bon, on s’arrête au bout de l’impasse (ancienne route qui traversait Canjuers, aujourd’hui barrée), dans la forêt, en suivant les indications des pompiers. C’est parfait : coin tranquille, loin de la circulation, à l’abri du vent… Seul inconvénient : le sol pierreux n’est pas très propice au camping ! Matthieu tente de retirer les pierres qui jonchent le sol afin de libérer un espace assez grand où nous pourrons nous allonger confortablement.  Il utilise pour cela la méthode des frères Dalton, en un peu amélioré : il attaque les pierres avec un maquereau tordu (plus efficace qu’une petite cuiller, mais pas idéal quand même…). Au bout d’une heure, il vient enfin à bout d’un petit rocher bien enterré dans le sol.
    Pendant que j’installe le campement et que je prépare le dîner (saucisses-purée), Matthieu part en quête d’un endroit où on capte pour pouvoir appeler Cyrille qui est censé nous rejoindre demain, et lui dire où nous sommes. Il marche en vain jusqu’à l’hôtel, où une charmante dame lui conseillera d’aller « un peu plus loin » jusqu’au village, ou alors de l’autre côté jusqu’au tunnel pour mieux capter. Elle n’imagine pas une seconde qu’il puisse être à pieds et que ce « un peu plus loin » représente plusieurs heures de marche ! Matthieu revient donc bredouille quand soudain, ô miracle, le téléphone reçoit le réseau ! Les coups de fil enfin passés, Matthieu revient à la nuit tombée : il est là juste à temps pour le dîner. Nous nous couchons rapidement, beaucoup plus contents de nous qu’hier soir !
    Quand même, à côté de la barricade, sur la route, il y a une pancarte : « CAMP MILITAIRE DE CANJUERS. ENTREE INTERDITE. TIRS DE JOUR ET DE NUIT. DANGER DE MORT. » Gloups, pourvu que Gaspard n’aille pas se sauver cette nuit…

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