Lieu de départ : Baudinard
Lever : 6h15
Heure de départ : 8h
Heure d’arrivée : 20h
Distance parcourue : beaucoup (avec pein de
kilomètres inutiles...)
Météo : soleil, nuages, un peu
de vent
Paysages : lac de Ste Croix
Terrain : terre battue (ou presque), route,
cailloux
Raconté par : Matthieu
Comme d’habitude, nous sommes partis de notre lieu de campement environ 2 heures après notre réveil. Nous avons tout laissé bien propre, et nous sommes repartis vers le village pour faire le plein d’eau. Un habitant nous indique le lavoir, où l’eau est potable et plus accessible que dans le lavabo des toilettes publiques… Pendant que nous donnons à boire à Gaspard et que nous remplissons nos gourdes et la bouteille que nous avons gardée (on a trop souffert de la soif hier et avant-hier pour risquer de manquer d’eau à nouveau !), plusieurs personnes viennent nous voir pour discuter avec nous et proposer des carottes pour notre âne. Les premiers arrivés sont Charles et Manon, deux enfants qui nous accompagnent ensuite jusqu’à la sortie du village. Manon a 10 ans, elle est passionnée de chevaux et fait de l’équitation depuis 7 ans ! Tous deux sont sympa et nous prenons plaisir à leur raconter notre incroyable voyage. Mais si on veut avoir le temps d’atteindre les gorges du Verdon aujourd’hui, il faut partir…
On monte donc dans
les chemins forestiers, toujours sur le GR (enfin, il paraît, mais
on en doute si souvent…). Il y a un grand lacet qu’on aurait bien voulu
éviter pour économiser quelques kilomètres, mais à
l’entrée du raccourci qu’on visait, une pancarte indique «
voie privée, non ouverte à la circulation publique
». Comme en plus on n’a plus très confiance dans notre carte,
on renonce, et on prend le grand lacet.
Nous approchons du
lac de Ste Croix, dont on aperçoit des morceaux quand on se met
sur la pointe des pieds à certains endroits du chemin. La végétation
(buis, petits chênes) ne dépasse pas 1,50 mètre de
haut. C’est petit, alors on croit qu’on va apercevoir quelque chose, mais
en fait c’est assez dense, et finalement on ne voit pas bien… mais on approche.
Soudain, alerte :
un cheval ! Il vient à notre rencontre ! Juste le temps de rattraper
Gaspard qui était en liberté derrière nous et qui
aurait été ravi d’en profiter pour lier connaissance avec
ce cousin équidé… Nous nous apercevons alors qu’il n’y a
pas un cheval mais une trentaine ! Tous montés, sauf un qui est
bâté et qui porte du matériel de randonnée.
Les cavaliers sont surpris de nous voir, mais pas autant que leurs montures…
Le message passe rapidement dans leurs rangs : « attention, il y
a un âne ! ». Nous nous sentons tout petits devant cette caravane
imposante, mais drôlement importants… Certains chevaux sont effrayés
et tentent de faire demi-tour en nous apercevant, bien que nous soyons
sagement rangés sur le côté en attendant qu’ils soient
tous passés. Gaspard, lui, tout excité, cherche par tous
les moyens à rejoindre les chevaux, et nous ne sommes pas trop de
deux pour le retenir ! Nous repartons enfin, mais sans le lâcher,
car il ferait demi-tour sans aucun scrupule…
On se trompe une
fois de plus de chemin, on descend trop loin, on fait demi-tour, on essaye
par un autre sentier… Et finalement, nous apercevons enfin le gigantesque
lac. On voit le village de Bauduen, où on va passer un peu plus
tard. Ce village était autrefois en altitude, mais aujourd’hui il
se trouve juste au-dessus du niveau de la surface du lac…
Vers midi et demie,
nous avons le choix entre le GR qui monte sur la montagne pour redescendre
de l’autre côté, et sa variante qui fait le tour par le bord
du lac. Nous donnons la préférence à la deuxième
solution, pour éviter le relief trop fatigant. Mais avant de nous
engager plus avant, nous mangeons et faisons une courte sieste.
Le lac de Sainte Croix
est un lac artificiel. Ca implique que ses abords ne sont pas en pente
douce comme pour la plupart des lacs naturels. La montagne se jette tout
droit dans l’eau. Le chemin tranquille et facile que j’imaginais est en
réalité un sentier à flanc de montagne, qui serpente
et ondule à travers une végétation dense.
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Parmi les pièges rencontrés, nous trouvons d’abord un passage entre deux arbres trop étroit pour Gaspard et ses sacoches. On ouvre donc un nouveau chemin à travers les buissons, plus souples que les troncs et donc plus faciles à écarter pour laisser passer le convoi exceptionnel. Puis c’est au tour de passages escarpés, puis le chemin s’affaisse dans l’eau et nous oblige à passer tout près du clapotis des vagues (Gaspard n’est pas rassuré… nous non plus !), puis nous devons franchir des grandes pierres plates, glissantes et un peu en pente, pour finalement nous retrouver nez à nez avec … un mur d’escalade ! Il n’y a peut-être pas grand chose, mais c’est carrément vertical, il faut véritablement grimper en s’accrochant dans les rares failles qui séparent ces grandes dalles rocheuses… Blandine part en éclaireuse mais revient bientôt, catégorique : c’est impossible pour Gaspard. Alors on repart vers les pierres plates, le chemin qui s’affaisse, qui monte et qui descend, et le passage dans les buissons… On repasse dans le village jusqu’à l’embranchement de l’autre GR, en faisant une halte à la fontaine, pour Gaspard. Il est 17h… Nous avons perdu notre après-midi.
Le deuxième chemin s’avère finalement beaucoup plus facile que le premier et nous finissons par redescendre de l’autre côté. Il se fait tard, mais nous ne pouvons pas nous arrêter car le camping sauvage est strictement interdit (nous ne faisons pas du camping sauvage mais du « bivouac », nuance… Mais les pancartes ne parlent pas de bivouac, alors dans le doute, on préfère s’arrêter chez quelqu’un, en demandant l’autorisation…). Il y a 7 campings au bord du lac, mais ce sont des campings de luxe, nous n’essaierons même pas de nous y arrêter. A 19h, nous traversons la grande route et commençons à remonter vers le village d’Aiguines. Les gorges du Verdon, ce sera pour demain…
Nous sommes fatigués,
nous avons mal partout, et bien décidés à demander
l’hospitalité dès la première occasion. A la moitié
de la montée, il y a un château. Sans formalités, la
propriétaire nous expédie au centre équestre juste
derrière, qui fait aussi gîte d’étape. Le responsable
du centre équestre, un jeune assez sympa, nous propose de dormir
pour 110f chacun et bien sûr pas avec Gaspard… Nous essayons de négocier
un bout de pré pour planter la tente, mais il nous explique qu’il
ne peut pas nous faire camper car il est en procès avec son proprio
qui est aussi propriétaire du camping d’en bas, il ne peut pas se
permettre de lui faire de la concurrence (quoique, à notre avis,
le type du camping n’aurait pas accepté notre âne, donc il
n’y a pas de concurrence qui tienne …). Nous repartons donc, toujours aussi
fatigués mais avec le moral encore plus bas… On va faire du camping
sauvage, malgré toutes les interdictions qu’on a vues ? Non, car
nous apercevons à ce moment-là un petit sanglier détaler
dans les fourrés. Il ne manquait plus que ça !
Depuis une mésaventure de camp scout, Blandine a peur des sangliers.
Elle craque, elle n’en peut plus et marche en pleurant.
On se force et on essaye
de monter vers le village. Un peu avant, je me précipite vers la
première maison que je vois, pour demander en désespoir de
cause un endroit où planter la tente. Quelqu’un nous ouvre et répond
:
- Il y a un camping en bas.
- Oui, mais les campings ne prennent pas les
ânes…
- Ah, ben ça c’est votre problème.
Un voyage, ça se prépare à l’avance !
C’est le summum. J’essaie
de partir poliment, mais j’enrage… Comme si on ne l’avait pas préparé,
ce voyage ! Et comme si on n’avait pas réussi à se loger
jusqu’ici !
Blandine est en larmes
et n’a plus le moindre courage, alors j’essaye d’en avoir pour deux et
je renouvelle ma demande auprès du marchand de fruits et légumes
qui tient son échoppe au bord de la route. Enfin, une réponse
aimable et positive ! Son grand sourire nous fait un bien fou. En concertation
avec son voisin garagiste, il nous propose d’aller nous installer en face,
un peu plus loin dans la forêt, juste derrière la casse automobile
(et si on veut, on peut même squatter une caravane !). C’est tout
ce que nous demandions… Nous profitons de l’occasion pour acheter du pain
et quelques provisions, et prendre de l’eau.
Nous plantons la tente
dans un coin de forêt, mangeons dans le crépuscule et nous
nous couchons enfin, à bout de forces. Cette journée a été
dure, et notre sommeil va être bien utile.
Blandine prend la plume et rajoute :
Petite rectification : je
ne pleurais pas à cause des sangliers mais à cause de l’absurdité
de certaines personnes. Quand on est épuisé, on supporte
difficilement la provocation… Que quelqu’un ne puisse pas nous héberger,
soit, c’est décevant mais on ne peut pas lui reprocher. Mais qu’il
se permette des remarques méprisantes, des arguments bidons et des
critiques méchantes, alors ça, c’est trop fort ! On peut
au moins refuser gentiment, entre gens civilisés !
Bref, je bouillais de rage
et d’amertume, et ça débordait par mes yeux.
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