Lieu de départ : « étroit
des cavaliers » = lieu-dit à la limite du camp militaire de
Canjuers
Lever : 8h
Heure de départ : 10h
Heure d’arrivée : minuit et demie le
dimanche soir…
Distance parcourue : incroyable !
Météo : soleil pas trop chaud
Paysages : gorges du Verdon (suite et fin),
Alpes du sud, la mer Méditerranée…
Terrain : chemins et routes
Raconté par : Blandine
Ouf : Gaspard est toujours
là. Nous plions bagages tranquillement pour poursuivre notre route
le long des gorges du Verdon. C’est samedi, mais il y a peu de voitures
sur la route car ça y est, on est au mois de septembre, les vacanciers
sont pour la plupart repartis. Un vent violent souffle toujours dans le
défilé, et nous marchons péniblement. La vue est splendide.
Nous atteignons le pont de l’Artuby (affluent du Verdon), le plus haut
pont d’Europe paraît-il, d’où certains amateurs de sensations
fortes sautent en élastique. Matthieu admire le spectacle tandis
que je passe sans regarder, de peur de m’évanouir. Mes sensations
fortes à moi, je les trouve sans avoir besoin d’aller jusqu’à
me jeter dans le vide les pieds attachés à une ficelle !
Ce voyage est l’exemple même des sensations fortes que j’aime… Enfin,
il faut avouer que le site est magnifique...
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Nous traversons le pont.
Vertige.
Plus loin, toujours en
suivant la corniche, nous apercevons sur notre gauche le Verdon au fond
des gorges, et au dessus, les crêtes que nous avons suivies hier,
à la limite de Canjuers, avant de redescendre et de continuer par
la route au bord du précipice.

Vers midi, nous mangeons
un sandwich et des frites (luxe suprême !) au resto du « balcon
de la Mescla », d’où nous appelons Cyrille qui nous rejoindra
tout à l’heure, et qui voudrait bien qu’on se dépêche
un peu pour arriver chez nous ce dimanche (car plus tard dans la semaine,
il ne pourra pas être là pour filmer). Il reste plus de 60
km (on ne les a pas comptés, mais à vue de nez ça
représente 3 ou 4 jours de marche), alors Cyrille se propose de
nous chercher un transport motorisé pour accélérer
les opérations en nous rapprochant de notre but. La conversation
en reste là jusqu’à ce qu’on le retrouve au village suivant
: Trigance. Mais avant de reprendre la marche, Matthieu et moi prenons
le temps de discuter et de réfléchir à la question
: raccourcir le trajet pour arriver dimanche ? Ce serait frustrant : on
a déjà supprimé 300 km, on ne va pas recommencer !
Et puis ce sont nos derniers jours de marche, on commençait à
se dire qu’il fallait en profiter parce qu’on ne referait plus jamais un
aussi beau et long voyage ! En plus, on a notre fierté… On a envie
de pouvoir dire « on l’a fait ! »… De quoi aurions-nous l’air
si on avouait que pour les besoins de la caméra on a supprimé
les 50 derniers kilomètres ? Et d’abord, c’est NOTRE voyage de noces,
après tout, on fait ce qu’on veut, non ? Petit à petit, pourtant,
une idée germe dans nos têtes : c’est vrai que ce serait pas
mal d’arriver dimanche soir (c’est demain !)… Ca nous laisserait une semaine
entière pour récupérer, nous installer, avant de retourner
à Orléans en voiture pour aller chercher le reste de nos
affaires…
En repartant vers 14h,
voilà où nous en sommes : d’accord pour essayer d’arriver
dimanche soir puisque ça arrangerait tout le monde, mais pas question
de prendre un camion pour sacrifier quelques kilomètres. Nous voulons
y arriver à pieds. Alors, une seule solution : on marche sans s’arrêter,
on ne fait que de courtes pauses pour manger, on marche de nuit, même,
s’il le faut, et on arrive demain. C’est une idée folle (mais on
n’est plus à ça près), reste à la proposer
à Cyrille et Gwendal…
Nous les retrouvons en
milieu d’après-midi à Trigance où nous profitons de
la fontaine pour nous désaltérer tous les 3 (depuis 2 ou
3 jours, l’eau potable était une denrée rare !). Notre idée
semble convenir à Cyrille même s’il n’y croit pas entièrement.
On va tenter le coup, mais il faut aussi penser à notre âne,
qui a besoin de repos et de temps pour manger… Nous ne savons pas où
sont ses limites de résistance, il n’a jamais montré le moindre
signe de faiblesse, mais nous ne voulons pas atteindre de telles limites.
Gaspard est notre ami, nous n’avons pas envie qu’il souffre de nos excès…
Si nous avons envie de nous crever, libre à nous, mais il faut prendre
soin de lui. Donc, nous avons mis au point une stratégie très
précise : vers 21h, nos reporters nous laisseront en emportant le
maximum de nos bagages inutiles (linge sale, bassines, etc) pour alléger
nos sacs et libérer Gaspard de son bât. On gardera les duvets
et la tente pour pouvoir s’arrêter et dormir quand même un
peu. Notre seule inquiétude : lorsque le GR quittera la route après
le village de la Bastide, pourrons-nous encore le suivre dans la campagne
sans nous perdre ? Bon, on ira le plus loin possible, et quand on ne pourra
plus avancer ou quand ça deviendra hasardeux, on campera.
Une fois tout ça
organisé, nous repartons en coupant au plus court (par la route,
car à cet endroit le GR fait une boucle de quelques kilomètres).
Trigance est un joli petit village (à visiter !). En allant vers
Jabron, nous croisons une voiture qui pile soudain quelques mètres
plus loin, recule et vient se garer près de nous. Nous en voyons
sortir… Thomas (!), et son frère et sa belle sœur qui passent là
par hasard à la recherche d’un coin sympa pour passer le week end.
Quelle surprise ! Thomas, dont les parents et la grand-mère nous
ont si gentiment accueillis à Costelonge 10 jours plus tôt,
et qui a assisté à notre départ pour Dauphin, nous
demande comment s’est passé notre trajet en ambulance. Nous prenons
quelques minutes pour bavarder… puis il faut repartir. Curieuse rencontre,
avouons-le, que de croiser sur un bord de route des marcheurs accompagnés
d’un âne et qui vous salueraient en disant : « désolés
mais faut qu’on y aille, on est pressés ! »…
A Jabron, nous reprenons
le GR vers Bargème. Cyrille nous attendra là-bas pour récupérer
tous les bagages inutiles, qu'il gardera jusqu'à demain.
Agréable chemin dans
la forêt. Le soir tombe, le Soleil se couche et la Lune se lève.
C’est bien la première fois que nous vivons le crépuscule
sans appréhension ! Car aujourd’hui c’est nous qui avons choisi
de ne pas trouver tout de suite un endroit où dormir. Comme il n’y
a pas de nuages, la Lune éclaire bien le paysage et nous sommes
tout surpris d’apprécier cette marche nocturne : tout est calme,
aucun bruit, ou plutôt si, plein de petits bruits qu’on n’entend
pas d’habitude, et qui se révèlent au moment où les
autres bruits se taisent… Gaspard aussi semble aimer la fraîcheur
du soir et il n’est pas du tout gêné par l’obscurité
qui nous entoure à présent (il paraît que les ânes
voient mieux que nous la nuit).
Nous arrivons à
Bargème à 21h, nous dînons aussi vite que possible
et offrons à Gaspard une ration de grains exceptionnelle (il n’a
pas beaucoup mangé, aujourd’hui, et comme nous n’allons pas nous
arrêter tout de suite…). Nous nous débarrassons comme prévu
de tous les objets superflus pour ne garder que le strict nécessaire
de survie, et quittons nos amis et leur caméra pour poursuivre seuls
notre marche nocturne. De Bargème à la Bastide, le GR quitte
la route pour emprunter des chemins, mais il est bien balisé et
nous parvenons à le suivre sans trop de difficultés (enfin,
il faut quand même une attention constante et de bonnes piles dans
nos lampes pour scruter systématiquement le moindre poteau ou tronc
d’arbre à la recherche du signe rouge et blanc…). Gaspard, libéré
de sa charge, marche vite. La tête dressée, les oreilles pointées
en avant, on dirait qu’il vient de commencer sa journée !
Nous avançons bien. Impression irréelle de vivre une autre
vie, une vie parallèle, tant nous découvrons de sensations
différentes de celles de la journée… On regretterait presque
de ne pas avoir fait ça plus souvent ! C’est comme un rêve,
c’est extraordinaire. Nous avons le coeur qui bat, nous sommes tout émus
de cette complicité avec le monde nocturne qui nous entoure... Il
y a plein de gens qui dorment dans les maisons, ils vivent là, et
pourtant, ils sont en train de rater ça ! C'est comme si la terre
entière nous appartenait pour un soir, une nuit...
Vers minuit, nous traversons
silencieusement le village endormi de la Bastide (il faut tenir le grelot
de Gaspard pour l’empêcher de sonner, si on ne veut pas faire aboyer
tous les chiens sur notre passage !). Puis nous croisons quelques bêtes
(sangliers ?) qui s’enfuient dans les fourrés. Nous commençons
à être vraiment fatigués, et Gaspard sans doute aussi.
Nous ne pourrions pas faire ce que nous sommes en train de faire si ce
n’était pas avec la perspective d’arriver demain (en temps normal,
nous avons toujours veillé à économiser nos forces)
! Nous plantons finalement la tente un peu plus haut dans la forêt,
à un endroit très confortable sur un tapis d’aiguilles de
pin, et nous nous endormons contents, vers 1h du matin, après avoir
pris soin de programmer le réveil pour 6h.
A 6h et quelques, nous nous
levons, nous donnons à Gaspard sa ration de grain, nous grignotons
également un petit quelque chose, et comme nous avons peu de rangement
à faire, nous sommes prêts à partir à 7h. La
journée va être longue ! Mais Cyrille et Gwendal ne nous attendent
qu’à Mons, et on n’y sera pas avant midi : Gaspard va donc marcher
sans charge toute la matinée, c’est déjà ça
de gagné…
Pour bien faire, nous commençons
par nous perdre dans la montagne (heureusement que cette nuit on s’est
arrêtés avant), enfin, c’est plutôt le GR qui s’amuse
à nous perdre exprès ! Apparemment son tracé a changé,
mais les marques n’ont pas toutes été effacées, si
bien qu’en croyant être sur le bon chemin nous nous retrouvons dans
une impasse. Si nous avions été seuls, nous aurions coupé
à travers la brousse, mais avec Gaspard nous hésitons, car
le sol est traître (terrain très en pente, rochers, trous
cachés par les broussailles…). Nous n’avons pas envie de faire demi-tour,
car nous perdrions un temps précieux, mais nous hésitons
à nous engager dans cette voie incertaine… Finalement, nous essayons
quand même. Matthieu parti en avant m'indique les passages les plus
faciles, et Gaspard me suit prudemment mais en toute confiance, sautant
de rocher en rocher comme une grande chèvre. Si nous n’en étions
pas déjà convaincus, nous aurions été surpris
de son agilité…Et nous retrouvons notre chemin grâce à
des chasseurs embusqués dans la forêt (Oups ! C’est vrai qu’on
est dimanche et que la chasse est ouverte !). Nous poursuivons en sifflotant
et en parlant bien fort, au risque de faire fuir tous les gibiers, du moment
que personne ne nous tire dessus…
Ouf ! Cette épreuve
terminée, nous retrouvons un chemin carrossable, qui longe la limite
est de Canjuers. Un homme nous voyant passer chargés de nos sacs,
tente, duvets, etc, et accompagnés d’un bourricot trottinant tranquillement
derrière nous, s’étonne : « Et lui, il ne porte rien
? »… Nous remarquons avec ironie que c’est bien la première
fois que quelqu’un s’inquiète plus pour nous que pour l’âne
! La route est longue jusqu’au village de Mons, encore un beau village
perché sur un sommet.

La voiture, malgré
un pot d’échappement bien mal en point, a daigné nous reconduire
jusqu’à Gaspard, où nous pourrons dormir (s’il le permet)
tard demain matin.
Pour la suite, après
avoir terminé de l’installer chez lui, nous rêvons pour nous
d’un bon bain, de plein de bonnes choses à manger, d’un matelas
bien doux, d’aménager notre chez nous…
Mais ça, c'est une
autre histoire.
* * *
FIN
* * *