Ca fait une semaine qu’on est mariés ! Un instant… Une éternité…
Lieu de départ : bord de Loire (près
de Sancerre)
Lever : 6h30
Heure de départ : 9h (en retard !)
Heure d’arrivée : 18h
Distance parcourue : 22,5 km
Météo : soleil, chaleur, soif
Paysages : bords de Loire, champs de tournesols
Terrain : plat
Bas côtés, chemins de terre, goudron
Raconté par : Matthieu
La nuit dernière,
nous avons eu un terrible orage. Il y avait des éclairs qui claquaient
tout autour de nous, parfois 3 dans la même seconde, et ça
a duré longtemps. A l’intérieur de la tente, on y voyait
comme en plein jour ! Cela ne nous aurait posé aucun problème
s’il n’y avait pas eu Gaspard : il a dû avoir peur, et avec tout
ce qu’il a plu, il a dû être bien mouillé !
Enfin, nous avons pu dormir
un peu, et ce matin bien que réveillés à 6h, comme
d’habitude, nous ne sommes partis qu’à 9h, le temps de faire nos
bagages sans qu’ils soient trop mouillés (car il pleut toujours
un peu).
Lors de notre pause de
mi-matinée nous avons discuté avec un « autochtone
». C’était rigolo ! Il nous a conseillé de prendre
le bord de Loire plutôt que la route, et nous a expliqué d’un
air scandalisé qu’à cause de la réintroduction des
castors dans cette zone, il n’avait plus le droit d’y promener son chien.
Au cours de la conversation, il nous a confié qu’il était
bien tranquille ici : pas de bruit, et pas de femme ! Il nous a aussi demandé
si nous avions un « flingue » pour le cas où nous ferions
de mauvaises rencontres !!!
En poursuivant notre route,
nous n’avons vu ni castors, ni bandits. C’est qu’ils devaient être
bien cachés… A vrai dire nous n’avons pas beaucoup vu la Loire non
plus, car elle se trouvait de l’autre coté de la petite forêt
que le chemin longeait.
Vers 11h, nous atteignons
le bout de la forêt et découvrons enfin notre cher fleuve,
pas très différent de l’image que nous en avions à
Orléans : large, calme, majestueux et sauvage, serpentant entre
d’immenses bancs de sables… Peu après, nous arrivons en vue du pont
de Pouilly sur Loire. C’est un pont super, on aurait pas pu trouver pire
: haut, long et étroit, des trottoirs quasi inexistants et tout
juste deux voies de circulation.

Nous n’avons encore jamais traversé un tel pont avec Gaspard : comment va-t-il réagir ? Comment vont réagir les automobilistes qui immanquablement, vont se trouver bloqués derrière nous ? Instinctivement, Blandine raccourcit la longe pour se trouver tout près de la tête de Gaspard et ainsi mieux le surveiller, lui parler, le rassurer… Précaution inutile : notre protégé a bien moins peur que nous ! Il marche, tranquille, imperturbable, sans un sursaut, sans un écart, sans se dérober, jusqu’à l’autre côté du pont. Les voitures patientent derrière nous sans s’énerver, j’ai même le temps de prendre quelques photos !


Décidément ce Gaspard, il nous surprendra toujours…
A Pouilly, j’achète
du pain, puis nous continuons de longer la Loire, rive droite cette fois,
sous un soleil écrasant. Pause déjeuner sur une aire de repos.
Gaspard, attaché à un panneau, attire l’attention. Au bout
d’un moment, comme nous nous reposons avant de repartir, il se couche lui
aussi. Nous le laissons faire. La charge sur son dos n’a pas l’air de le
gêner dans ses manœuvres, ni pour se relever au moment du départ.
Neuville : nous longeons
un pré dont les habitants (chevaux et poulains) sont tout excités
à la vue de Gaspard. Ils galopent le long de la clôture, hennissent,
chahutent… leur agitation est contagieuse : Gaspard piaffe, brait plusieurs
fois, cherche à se retourner… Lors de la pause suivante un peu plus
loin, alors que nous le laissons brouter en liberté à côté
de nous, il tente plusieurs fois d’échapper à notre attention
pour revenir sur ses pas ! Nous l’observons du coin de l’œil, quel comédien
! Il fait mine de grignoter une fleur ici ou là et, pas à
pas, se dirige insensiblement vers là d’où nous venons. Lorsque
nous le rattrapons, il nous regarde d’un air offensé : « Moi
? Comment pouvez-vous me soupçonner de vouloir vous jouer un mauvais
tour ? Alors là, vous me décevez ! Un âne comme moi,
si sage et si gentil, qui traverse sans broncher les gués et les
ponts, et passe des nuits entières sous l’orage sans me sauver !
» N'importe, Gasparou, tu ne bougeras pas d'ici sans nous !
En fin d’après-midi
nous parvenons à Narcy, où nous nous arrêtons pour
la nuit, sur un terrain municipal que les habitants nous ont indiqué.
Un endroit super, entre les peupliers, avec une petite rivière et
une vieille roue à aubes. Formidable. Tellement formidable que tous
les jeunes du coin s’y sont donné rendez-vous précisément
ce soir pour y faire une petite fête (feu, musique techno, bière…)
! Le groupe nous gêne un peu, surtout qu’ils ont des chiens qui aboient
après Gaspard et lui tournent autour. On n’est pas très rassurés,
mais bon, on ne va pas s’inquiéter pour tout, quand même.
D’ailleurs, Gaspard se défend très bien tout seul. Gare à
vous les chiens, si vous approchez trop !
Derniers points :
Cette journée et
demain, Cyrille et Gwendal nous accompagnent pour avoir des images pour
le reportage qu’il font sur notre voyage. Des fois c’est sympa, par exemple
c’est grâce à eux que la conversation s’est engagée
avec les habitants de Narcy, mais d’autres fois ça peut être
embêtant car on ne sait pas comment les gens vont nous recevoir :
un voyage de noces avec un âne, c’est original, mais un voyage de
noces à 4, c’est louche !
Santé : Gaspard
ne boîte plus, la petite gonfle que nous avons découverte
ce matin au niveau du passage de sangle a disparu (Blandine a pris soin
de placer la sangle plus en avant, pour éviter de frotter la peau
à cet endroit). Quant à nous, nous nous habituons à
la marche : on est moins fatigués, nos pieds s’habituent, mais Blandine
a toujours les jambes couvertes de boutons de moustiques et moi les pieds
couverts de pansements à cause des ampoules (mais je suis en voie
de guérison).
Objectif pour demain : entre
22 et 25 km, pratiquement que de la forêt.
Cela fait une semaine que
nous sommes mariés. Ma sœur Christelle m’a demandé au téléphone
: « vous vous aimez toujours ? » et la réponse est OUI
! Oui, on s’aime toujours.
Je n’arrive toujours
pas à réaliser notre nouvelle situation. J’ai l’impression
d’être en vacances avec Blandine, mais quand je vois mon alliance
ou quand je me rappelle qu’à l’arrivée Blandine emménagera
avec moi au lieu de retourner à Orléans comme avant, je suis
tout perdu !
Toute la journée,
nous avons repensé à samedi dernier, chaque heure, chaque
moment, chaque étape… On a l’impression que ça fait longtemps
et pourtant c’était juste la semaine dernière ! J’ai envie
de la revivre… Exactement la même… Exactement pareil. J’ai peur d’oublier
et pourtant c’est inoubliable…
C’était tellement bien…
Ce sera tellement bien…
* * *