MARDI 21 AOUT – JOUR 31

Lieu de départ : Bel Air, snack-buvette
Lever : 8h
Heure de départ : 10h
Heure d’arrivée : 18h30
Distance parcourue : incalculable vu le nombre de lacets, mais nous avons franchi la barre des 600 km en tout, peut-être même 650…
Météo : soleil très chaud
Paysages : gorges de la Borne
Terrain : terre, cailloux

Raconté par : Blandine

     Gaspard n’ayant pas réussi à séduire la jolie Ranny (pour cause de maman Pépette qui surveille de près les fréquentations de sa fille, et qui sait intimider le jeune amoureux bien qu’il soit deux fois plus gros qu’elle !), nous avons pu le récupérer sans trop de mal (il était en liberté cette nuit dans le pré). Le petit déjeuner a fort intéressé les deux coquines qui auraient volontiers goûté nos tartines…
 

     Nous quittons nos hôtes vers 10h et arrivons vers midi au Bez, où nous décidons de manger à l’auberge. Nous demandons à être servi en terrasse pour pouvoir surveiller Gaspard que nous avons attaché un peu plus loin et qui se fait remarquer. Les gens le prennent parfois pour une ânesse à cause de ses petites tresses et du nœud rouge et blanc qu’il porte au licol, voire même pour une mule tant il a les traits nobles et fin ! Les gens de l’auberge acceptent de nous servir, malgré une salle déjà comble (ce que nous ne réalisons qu’après). Est-ce par attendrissement devant nos mines épuisées et affamées ? Ou devant notre adorable compagnon ? Ou par conscience professionnelle (car ils ont un gîte d’étape et sont peut-être tenus de recevoir les randonneurs qui passent) ? Quoi qu’il en soit, l’accueil est charmant et les galinettes de veau excellentes… Nous apprendrons par la suite la renommée de cette auberge, toujours bondée, et où l’on ne vient qu’après avoir réservé longtemps à l’avance…
     Du Bez, nous longeons les gorges de la Borne, petite rivière à l’eau claire et très attirante, surtout par cette chaleur. Malheureusement, les quelques accès permettant de s’y baigner sont impraticables pour Gaspard, nous passons donc notre chemin. Nombreux lacets à flanc de montagne. Gaspard franchit sans mal les obstacles (ruisseaux, marches, pavés glissants…) et nous impressionne toujours autant.
 

     Dans la dernière partie du chemin, nous traversons Conches, un village abandonné qui devait compter une dizaine de maisons, aujourd’hui en ruines. Il paraît qu’une vieille dame y vivait encore il y a de cela seulement 30 ans, toute seule, isolée car aucune route ne mène jusque là. Le facteur venait quotidiennement (à pied par ces mêmes sentiers que nous empruntons aujourd’hui, mais qui disparaissent maintenant sous les fougères) et lui apportait, en plus de la revue à laquelle elle était abonnée, les provisions dont elle avait besoin. Ces ruines sont d’autant plus poignantes sachant cela. Costelonge a eu plus de chance, car une route venant de St Laurent les Bains monte jusque là et permet aux descendants des anciens habitants d’y venir pour leurs vacances et d’entretenir les maisons. Ils sont tous plus ou moins cousins, l’ambiance y est très familiale. Superbe petit village, sans prétention (il n’y a qu’une rue en impasse le long de laquelle s’alignent une quinzaine de maisons et de granges), blotti à flanc de montagne, qui autrefois vivait de l’élevage des moutons et d’un peu de culture (arbres fruitiers, etc). Nous imaginons facilement ce que devait être la vie ici, car hormis la route et l’électricité qui ont été rajoutées au paysage, tout est encore comme avant…
    Douche, lessive, accueil chaleureux par nos amis qui nous attendaient. Thomas, que je gardais encore il y a quelques années, a bien grandi (je ne le reconnais plus !). Gaspard enthousiasme petits et grands, rappelle des souvenirs aux plus anciens… La grand-mère de Thomas me montre une carte postale représentant sa propre grand-mère montée avec deux grands paniers sur un âne (Baptistou) et intitulée « paysanne allant au marché ».
    Gaspard dévore toutes les branches basses de l’arbre auquel il est attaché, puis, désœuvré, se met à tirer tant qu’il peut sur sa chaîne. Quant à nous, nous commençons à téléphoner à tous les centres équestres environnants pour trouver un transport, car compte tenu du trajet qui nous reste encore à faire (environ 500 km) et de la date à laquelle nous voudrions arriver chez nous (5 septembre au plus tard), nous n’aurons pas le temps de tout faire à pieds. Donc nous avons décidé de faire par la route le morceau Costelonge-Dauphin (traversée de la vallée du Rhône) pour faire quand même la fin du voyage par la Provence. Hélas, pour l’instant, personne n’a le temps de nous faire faire ce trajet, pour cause de saison touristique. Ils ont tous besoin de leur camion ou de leur van. Il nous reste la solution de la bétaillère, qui n’est pas idéale car peu confortable pour un âne (trop d’espace, pas de quoi se caler, risque de se cogner voire de se blesser, fatigue de rester immobile mais de devoir garder son équilibre surtout pendant un si long voyage). Or si une vache boiteuse peut encore donner son lait ou sa viande, un âne boiteux ne nous serait d’aucune utilité pour la suite de notre périple. Enfin, si on ne trouve rien d’autre, il faudra bien se contenter de ça… En prenant des précautions, on devrait s’en sortir.
    Ma tante, qui nous attend à Dauphin, nous aide en cherchant une solution de son côté, et il nous reste encore un peu de temps car nous sommes en avance de deux jours sur nos prévisions et demain, nous avons droit à notre journée de pause hebdomadaire. Nous continuerons donc à chercher… Pourvu que nous ayons plus de chance !
    Retour à la tente en sursautant à chaque crapaud rencontré… Beurk !

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