Lieu de départ : Bel Air, snack-buvette
Lever : 8h
Heure de départ : 10h
Heure d’arrivée : 18h30
Distance parcourue : incalculable vu le nombre
de lacets, mais nous avons franchi la barre des 600 km en tout, peut-être
même 650…
Météo : soleil très chaud
Paysages : gorges de la Borne
Terrain : terre, cailloux
Raconté par : Blandine
Gaspard n’ayant pas
réussi à séduire la jolie Ranny (pour cause de maman
Pépette qui surveille de près les fréquentations de
sa fille, et qui sait intimider le jeune amoureux bien qu’il soit deux
fois plus gros qu’elle !), nous avons pu le récupérer sans
trop de mal (il était en liberté cette nuit dans le pré).
Le petit déjeuner a fort intéressé les deux coquines
qui auraient volontiers goûté nos tartines…
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Nous quittons nos
hôtes vers 10h et arrivons vers midi au Bez, où nous décidons
de manger à l’auberge. Nous demandons à être servi
en terrasse pour pouvoir surveiller Gaspard que nous avons attaché
un peu plus loin et qui se fait remarquer. Les gens le prennent parfois
pour une ânesse à cause de ses petites tresses et du nœud
rouge et blanc qu’il porte au licol, voire même pour une mule tant
il a les traits nobles et fin ! Les gens de l’auberge acceptent de nous
servir, malgré une salle déjà comble (ce que nous
ne réalisons qu’après). Est-ce par attendrissement devant
nos mines épuisées et affamées ? Ou devant notre adorable
compagnon ? Ou par conscience professionnelle (car ils ont un gîte
d’étape et sont peut-être tenus de recevoir les randonneurs
qui passent) ? Quoi qu’il en soit, l’accueil est charmant et les galinettes
de veau excellentes… Nous apprendrons par la suite la renommée de
cette auberge, toujours bondée, et où l’on ne vient qu’après
avoir réservé longtemps à l’avance…
Du Bez, nous longeons
les gorges de la Borne, petite rivière à l’eau claire et
très attirante, surtout par cette chaleur. Malheureusement, les
quelques accès permettant de s’y baigner sont impraticables pour
Gaspard, nous passons donc notre chemin. Nombreux lacets à flanc
de montagne. Gaspard franchit sans mal les obstacles (ruisseaux, marches,
pavés glissants…) et nous impressionne toujours autant.
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Dans la dernière
partie du chemin, nous traversons Conches, un village abandonné
qui devait compter une dizaine de maisons, aujourd’hui en ruines. Il paraît
qu’une vieille dame y vivait encore il y a de cela seulement 30 ans, toute
seule, isolée car aucune route ne mène jusque là.
Le facteur venait quotidiennement (à pied par ces mêmes sentiers
que nous empruntons aujourd’hui, mais qui disparaissent maintenant sous
les fougères) et lui apportait, en plus de la revue à laquelle
elle était abonnée, les provisions dont elle avait besoin.
Ces ruines sont d’autant plus poignantes sachant cela. Costelonge a eu
plus de chance, car une route venant de St Laurent les Bains monte jusque
là et permet aux descendants des anciens habitants d’y venir pour
leurs vacances et d’entretenir les maisons. Ils sont tous plus ou moins
cousins, l’ambiance y est très familiale. Superbe petit village,
sans prétention (il n’y a qu’une rue en impasse le long de laquelle
s’alignent une quinzaine de maisons et de granges), blotti à flanc
de montagne, qui autrefois vivait de l’élevage des moutons et d’un
peu de culture (arbres fruitiers, etc). Nous imaginons facilement ce que
devait être la vie ici, car hormis la route et l’électricité
qui ont été rajoutées au paysage, tout est encore
comme avant…
Douche, lessive, accueil
chaleureux par nos amis qui nous attendaient. Thomas, que je gardais encore
il y a quelques années, a bien grandi (je ne le reconnais plus !).
Gaspard enthousiasme petits et grands, rappelle des souvenirs aux plus
anciens… La grand-mère de Thomas me montre une carte postale représentant
sa propre grand-mère montée avec deux grands paniers sur
un âne (Baptistou) et intitulée « paysanne allant au
marché ».
Gaspard dévore toutes
les branches basses de l’arbre auquel il est attaché, puis, désœuvré,
se met à tirer tant qu’il peut sur sa chaîne. Quant à
nous, nous commençons à téléphoner à
tous les centres équestres environnants pour trouver un transport,
car compte tenu du trajet qui nous reste encore à faire (environ
500 km) et de la date à laquelle nous voudrions arriver chez nous
(5 septembre au plus tard), nous n’aurons pas le temps de tout faire à
pieds. Donc nous avons décidé de faire par la route le morceau
Costelonge-Dauphin (traversée de la vallée du Rhône)
pour faire quand même la fin du voyage par la Provence. Hélas,
pour l’instant, personne n’a le temps de nous faire faire ce trajet, pour
cause de saison touristique. Ils ont tous besoin de leur camion ou de leur
van. Il nous reste la solution de la bétaillère, qui n’est
pas idéale car peu confortable pour un âne (trop d’espace,
pas de quoi se caler, risque de se cogner voire de se blesser, fatigue
de rester immobile mais de devoir garder son équilibre surtout pendant
un si long voyage). Or si une vache boiteuse peut encore donner son lait
ou sa viande, un âne boiteux ne nous serait d’aucune utilité
pour la suite de notre périple. Enfin, si on ne trouve rien d’autre,
il faudra bien se contenter de ça… En prenant des précautions,
on devrait s’en sortir.
Ma tante, qui nous attend
à Dauphin, nous aide en cherchant une solution de son côté,
et il nous reste encore un peu de temps car nous sommes en avance de deux
jours sur nos prévisions et demain, nous avons droit à notre
journée de pause hebdomadaire. Nous continuerons donc à chercher…
Pourvu que nous ayons plus de chance !
Retour à la tente
en sursautant à chaque crapaud rencontré… Beurk !
* * *