Lieu de départ : Col de la Croix de
l’Homme Mort (brrr)
Lever : 7h30
Heure de départ : 9h30
Heure d’arrivée : 20h30 (!)
Distance parcourue : 25 km
Météo : soleil + vent frais
Paysages : forêt
Terrain : de tout
Raconté par : Blandine
Comme depuis plusieurs jours,
Gaspard, notre âne multifonctions, nous a réveillé
à 7h pile par son chant mélodieux. Nous n’avons plus de lait
pour ce matin, nous prenons du thé mais Matthieu n’arrive pas à
le boire. Nous n’avons presque plus de pain non plus, alors nous économisons
les tartines (au nutella, car il n’y a plus de beurre). Pas question de
manger un sandwich à midi, sinon on n’aura plus rien pour le goûter
: tant pis, on se fera des nouilles… Nous espérons faire un ravitaillement
aujourd’hui, soit à St Bonnet le Château si nous y dormons
(une copine de la sœur de Matthieu nous a proposé l’hospitalité,
mais ça dépend de notre date de passage et il faut la rappeler
pour confirmer), soit à Estivareilles ou Apinac si nous restons
sur le GR. Bien sûr nous sommes lundi, nous risquons de trouver les
commerces fermés, mais comme nous comptons faire une journée
de pause demain (à St Bonnet ou ailleurs), nous ferons les courses
à ce moment-là…
Première rencontre
de la journée : un berger avec ses chèvres et ses moutons.
Il discute avec nous pendant une bonne demi-heure, et nous apprenons des
tas de choses intéressantes. Par exemple, qu’« un mouton c’est
con, y a pas plus con, même une poule c’est plus intelligent qu’un
mouton » ; qu’il n’y a plus de truites dans la rivières pour
cause de manque de pollution ménagère (!), parce qu’avant
quand on tuait le cochon on jetait les déchets dans l’eau et que
ça nourrissait les poissons ; que depuis qu’on n’a plus le droit
de mettre les carcasses d’animaux sur le tas de fumier, qu’est-ce qui leur
reste à manger, aux corbeaux et aux renards, hein ? Sûrement
pas des fromages ! Et que les gens de la FFRP, ils pourraient quand même
marquer plus de trucs, expliquer des choses aux randonneurs, se renseigner
auprès des vieux du pays pour indiquer aux voyageurs les choses
intéressantes à remarquer (par exemple un dolmen à
côté duquel nous avons dû passer sans le voir…). Bref,
un berger bavard mais pas inintéressant… et qui donne à Matthieu
un projet d’association (un de plus !) qui permettrait à des vieux
de raconter ce qu’ils savent à des groupes d’enfants. Ca s’appellerait
« RACONTE-MOI » et ça favoriserait des rencontres enrichissantes
entre les générations, autant que la transmission d’un savoir…
Cette conversation me mène
à penser à la vie d’une classe, aux choses qu’on peut y mettre
en œuvre… mais je suis encore trop proche de mon année à
Rozoy et la déception cuisante que j’ai vécue là-bas
parasite systématiquement mes enthousiasmes pour les années
d’enseignement à venir : un projet passionnant = le mécanisme
s’enclenche (réflexe professionnel : objectifs, compétences,
matériel, déroulement, progression, etc…) = ça va
être génial = oui, enfin ça dépend de la classe
que j’aurai = retour aux idées noires que je rumine dès que
je pense à cette année affreuse. Ce cercle vicieux me met
en rage car je trouve injuste le fait d’avoir perdu ce goût du projet
(le même qui anime Matthieu), cette confiance en l’avenir, dès
qu’il s’agit d’école, simplement à cause de quelques élèves
désagréables. Je me dis que peut-être mon envie d’entraîner
Gaspard à l’attelage pour m’occuper cette année (puisque
je ne travaillerai pas) traduit autant un besoin de retrouver confiance
en moi et mes capacités d’enseigner quelque chose à quelqu’un
– ne serait-ce qu’un âne – que celui de « réapprendre
la patience ».
Nous marchons sur un GR modifié à cause de la grande tempête qui a arraché des dizaines et des dizaines d’arbres, dont les troncs disloqués encombrent et barrent les sentiers. Gaspard, toujours plein de bonne volonté, franchit sans encombre un escalier d’une dizaine de marches aménagé dans un passage trop étroit pour le contourner

Enfin, nous atteignons
Apinac, après avoir rencontré 4 ânes mignons tout plein
au bord d’un champ, et dont le mâle brait d’une façon autoritaire
(mais Gaspard ne lui répond même pas). Nous nous arrêtons
pour demander l’hospitalité à la première ferme, mais
sans succès. Nous traversons le village, tout est désert
(à 20h, les gens sont chez eux). Nous arrivons à la sortie
du village à 20h15 sans avoir rien trouvé. La situation est
grave car il fera bientôt nuit et pour nous installer quelque part
il nous faut au moins une heure !
Finalement, nous
tombons sur une maison-atelier de menuiserie, dont les habitants, très
accueillants, nous autorisent à nous installer sur leur terrain.
Ils nous offrent de l’eau, une chaîne plus longue pour Gaspard, des
sardines plus solides pour la tente (car le sol est très dur), et
même de quoi manger (jambon de pays, yaourts, bananes), une douche
demain si on veut… Nous tombons de fatigue mais quel soulagement ! Ils
nous ont sauvé la vie. Ca fait du bien de rencontrer des gens accueillants,
souriants, généreux mais pas envahissants…
J’espère qu’on
sera comme eux « quand on sera grands »…
* * *