DIMANCHE 12 AOUT – JOUR 22

Lieu de départ : refuge du Col du Béal
Lever : 7h30
Heure de départ : 9h30
Heure d’arrivée : 19h30 (épuisés)
Distance parcourue : 26 km
Météo : temps parfait, idéal, génial : soleil sans nuages, mais pas chaud !
Paysages : sublimes !
Terrain : chemins de terre, cailloux

Raconté par : Matthieu

    « Cyrille, tu as loupé quelque chose ! »
    Cette phrase rituelle, que nous lançons à chaque fois que nous voyons Cyrille et Gwendal, qui viennent nous filmer de temps à autres, prend toute son ampleur dans un jour comme aujourd’hui. En effet, nos deux reporters ont renoncé à venir ce week-end, estimant que le prochain suffirait. Mais cette journée a été forte en sensations et en rencontres…

    Nous sommes donc partis, après avoir fait boire Gaspard dans l’abreuvoir en bois du refuge. On ne sait pas ou sera le prochain point d’eau… Seuls quelques promeneurs matinaux étaient là. Ce ne sont pas du tout les mêmes genres de personnes que nous rencontrons le matin et le soir !
    Il nous a été très agréable de bavarder successivement avec plusieurs randonneurs dès le début, puis nous avons parlé pendant très longtemps avec 4 personnes, jusqu’en haut. Gaspard suivait ce nouveau groupe élargi sans difficulté, et nous avons pu parler très agréablement, non seulement de notre voyage, de notre itinéraire, de notre âne, mais aussi de ce que nous faisions « à part ça » dans la vie, ou du service militaire à Papeete du mécano du groupe… C’était la première fois que nous faisions route avec d’autres, et un moment vraiment très sympa. Nous les avons quittés au sommet, alors qu’ils allaient faire une pause puis redescendre.
… le sommet !
    Pierre-sur-Haute. 1634 m. Ce sera le point culminant de notre voyage. Le paysage est magnifique. On voit, de l’ouest vers l’est en passant par le nord : la chaîne des volcans, avec le Puy de Dôme qui domine toujours les autres (mais aujourd’hui, nous sommes plus hauts que lui !), puis au nord-ouest ça devient tout plat : c’est la vallée de l’Allier, puis des montagnes (plein nord) : c’est là d’où nous venons, puis au nord-est une plaine : c’est la vallée de la Loire, puis à l’ouest enfin encore des montagnes.

    On contourne un peu le terrain militaire qui occupe le sommet (et contre qui je râle abondamment pour « démolition volontaire de coins de nature extraordinaires »), et on découvre le panorama du sud…

    En repartant de la chaîne des volcans à l’ouest, on voit le Puy de Sancy – plus haut sommet du Massif Central – puis le Cantal, puis plus au sud c’est le Massif du Mont Gerbier de Jonc, impressionnant car on va y passer, puis enfin, au sud-est c’est le Monc… Blanc !!!!! Nous n’en avons pas cru nos yeux au début, nous avons supposé qu'il s'agissait d'un gros nuage, mais quelqu’un nous confirme : Eh oui, au dessus de la masse brumeuse, c'est bien le haut des Alpes qu'on voit ! On croit rêver… (bon, sur la photo il faut vraiment le vouloir pour le voir, mais en vrai on le voyait bien !)

    On remercie le couple de marcheurs qui nous ont offert cette visite guidée, et on poursuit vers le sud, sur des plateaux en pente douce, sans arbre, sans cailloux, rien que de l’herbe et des moutons – pratique, pour baliser le GR… On croise toujours beaucoup de monde, on parle, on explique, et on repart à travers champs, en suivant la piste laissée par les nombreux randonneurs avant nous, ouvrant et fermant les barrières qui séparent les pâturages traversés par le GR. Heureusement, aucun de ces passages ne bloque Gaspard, il y a toujours une porte qu’on peut ouvrir.
    On continue à descendre sans histoire, enchaînant les rencontres de marcheurs, de « vététistes », de cavaliers, de familles en balade… Quand je dis « descente », entendons-nous : c’est en fait presque du plat jusqu’à ce soir, « des collines douces en altitude », mais comme on est plus bas, c’est qu’on est descendus (de presque 500 m).
    Après notre goûter, un homme nous accompagne pendant plus d’une heure avec sa chienne rousse pour qui Gaspard semble se prendre d’amitié (il est toujours très intéressé par les chiens, dès lors que ceux-ci ne se montrent pas agressifs). Il nous dit que pour aller à Nice il nous reste environ 650 km (il l’a fait début juillet). Je lui demande plus de précisions, et il nous explique que lui et 15 autres coureurs de son village St Georges-Haute-Ville ont couru jusqu’à Nice, en une semaine. Ils se relayaient par deux, toutes les heures, de 5h je crois à 22h ; Cette opération leur a permis de récolter de l’argent pour leur association qui aide les enfants hospitalisés du département de la Loire, en leur offrant des jeux ou des voyages à Euro Disney… Au début, ils couraient pour rejoindre la fête des St Georges, fête qui réunit tous les villages de France qui s’appellent St Georges (environ 80, je crois).
Il nous a donné des conseils pour la suite de notre parcours : si on doit faire un bout en camion, il faut aller jusqu’en Ardèche, au moins, en suivant le GR jusqu’au village de Tines. Après on peut prendre un camion (la vallée du Rhône, c’est de la route, de la circulation, de la ville, c’est moins intéressant) jusqu’à un vignoble dont j’ai oublié le nom, mais qui est sur le GR 4. Il nous a aussi donné plus de renseignements sur les gorges du Verdon, qu’on envisage de prendre mais qu’on ne connaît pas du tout : nous apprenons ainsi qu’au fond, il y a des échelles, et que Gaspard ne les franchira sûrement pas ! De toute façon, on se doutait bien qu’il vaudrait mieux longer les gorges sans y descendre.
    J’ai oublié de prendre son adresse, mais on va essayer de lui écrire quand même (il y a 1000 habitants dans son village, on a peut-être une chance…)
Nous arrivons enfin à une route, et il nous quitte après nous avoir indiqué une petite source non loin de là. Nous repartons à 18 h en quête d’un endroit où passer la nuit. Cette dernière partie de notre trajet est moins intéressante, mais c’est sans doute parce que nous faisons plus attention à notre fatigue qu’au paysage…
    Nous arrivons enfin au café de la Croix de l’Homme Mort (charmant, comme nom, pour dormir !), et demandons l’hospitalité à une dame qui nous envoie un peu trop rapidement vers un petit bois en dehors du GR où, nous assure-t-elle, nous trouverons de la place. Nous aurions préféré dormir chez quelqu’un , ne serait-ce que dans un pré à vaches, mais bon, tant pis, finalement on trouve un coin pas mal avec de l’herbe. On est bien soulagés de poser nos sacs à dos.
    Pour la première fois depuis notre départ, on fait un petit feu, c’est joli et ça réchauffe (et en plus c’est bien pratique pour finir de faire chauffer les raviolis quand la bouteille de gaz est vide !!!). Et puis, tous les deux près du feu, ça rappelle des souvenirs…

« Cyrille, t’a loupé quelque chose !…»

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