JEUDI 9 AOUT – JOUR 19

Lieu de départ : foyer de ski de fond de Lavoine
Lever : 6h30
Heure de départ : 9h30
Heure d’arrivée : 18h
Distance parcourue : 16 km ( + les lacets des chemins de montagne, qui ne sont pas dessinés sur nos cartes au 1/100000ème…)
Météo : nuages et éclaircies
Paysages : montagnes, forêt
Terrain : terre, éboulis, un peu de route

Raconté par : Blandine

    Cette journée a commencé par une belle frayeur que nous a faite notre cher Gaspard. Tout allait bien, nous nous étions levés tôt, nous avions tout rangé et nous nous apprêtions à charger le bât, quand soudain Gaspard (qui était attaché avec sa chaîne un peu plus loin) est parti au galop. Arrêté net dans son élan au bout de 5 mètres, il est tombé et s’est retrouvé « pendu au licol », tête en arrière, les 4 fers en l’air (sauf qu’il n’a pas de fers…). Il est resté comme ça, à se débattre, pendant quelques secondes. Le temps que j’arrive jusqu’à lui pour le libérer, il avait réussi à se relever tout seul, mais il se tenait tout tremblant sur 3 pattes, le postérieur gauche relevé. Nous nous voyions déjà appelant un véto qui nous conseillerait d’arrêter là notre épopée… Tous seuls, à plusieurs kilomètres de toute maison habitée, nous ne savions pas trop quoi faire.
    Alors nous décidons d’attendre un peu avant de faire quoi que ce soit, pour voir comment ça évolue. Nous sommes très inquiets : s’il boîte, pas question de grimper au Puy de Montoncel comme prévu ! En même temps, nous essayons de prendre un peu de recul : tant pis si le voyage s’arrête là, on a quand même fait un bon bout de chemin, c’était super, et puis si Gaspard est blessé c’est quand même ça le plus grave ! L’essentiel étant que sa blessure ne soit pas irréversible. Nous l’observons : il broute tranquillement à présent, mais pose toujours son pied avec précaution et semble s’appuyer le moins possible dessus. Enfin, il le pose, c’est déjà ça, et s’il ne reste pas recroquevillé dans son coin, c’est que la douleur doit être supportable…
    Sur son dos, j’ai retrouvé une guêpe écrasée. Cela expliquerait-il sa « crise de folie » ?
    Nous le faisons marcher, il se laisse faire et peu à peu la boiterie disparaît. Un peu rassurés, nous décidons de charger et de partir, quitte à s’arrêter à nouveau s’il se remet à boiter, on verra bien.
    Finalement, Gaspard n’a pas boité de la journée. Il nous a suivis en haut de la montagne par des chemins pas toujours faciles, et puis jusqu’en bas par des chemins encore plus difficiles parfois (éboulis très raides). Plusieurs fois il glisse un peu et rattrape son équilibre aussitôt. Je suis impressionnée par son adresse. Comme il est en liberté, il choisit son chemin et descend à petits pas, lentement mais sûrement.

    J’ai oublié de dire que dans la montée, mon genou droit s’est mis à bloquer (je sentais les tendons tirer tout autour, c’était horrible, j’en aurais pleuré). Une fois en haut la douleur s’était atténuée mais par précaution je me suis fait un « strapping » avec de l’élastoplaste. J’en ai senti l’effet bénéfique tout le reste de la journée !
    C’est aussi en haut que nous avons rencontré un couple de marcheurs avec qui nous avons un peu discuté et qui ont trouvé notre idée très bonne. Rencontre agréable en ce lieu isolé d’où nous ne voyons pas grand chose à cause des arbres qui nous cachent le paysage.

    Après la pause de midi, Matthieu s’aperçoit qu’il lui manque son chapeau. Vexé, il boude (encore un chapeau de perdu ! Celui là ne valait que 20F mais quand même, en cas de pluie, il était bien utile. Ca faisait plusieurs fois qu’il l’oubliait et le retrouvait à divers endroits, et il savait qu’il finirait par le perdre. N’empêche, il est triste). Pour le consoler, je profite de notre ravitaillement à Chabreloche pour lui acheter du chocolat, fidèle aux conseils que m’a donnés sa maman. Et ça marche : il est tout content ! Enfin, j’exagère, il n’a quand même pas attendu le chocolat pour retrouver le sourire !
    Nous profitons également de cette pause à Chabreloche pour défaire tout le chargement et le refaire entièrement, car la dernière descente a été très raide et très longue, le bât a glissé vers l’avant, les sacoches étaient au niveau des épaules de Gaspard et l’ensemble menaçait de basculer par dessus sa tête ! Cette histoire n’a pas arrangé la mauvaise blessure au garrot, qui s’est rouverte.
    Nous quittons Chabreloche vers 17h sous un ciel menaçant, et commençons l’ascension suivante, jusqu’à un hameau où nous tombons sur un centre équestre dont le propriétaire accepte de nous héberger dans un pré pour la nuit. Il nous offre même un seau de grains pour Gaspard, ce qui nous permet de reconstituer notre réserve qui arrivait justement à épuisement.
    Nous nous installons donc, faisons notre toilette dans la bassine et mangeons comme des ogres. Des nuages noirs s’amoncellent au dessus de nos têtes… Matthieu commence à ranger pour la nuit, tandis que je suis en train d’écrire dans le cahier, lorsque soudain l’horizon se dégage et laisse passer sous le couvercle de nuages noirs quelques rayons de soleil couchant : la luminosité est extraordinaire, tout est doré, c’est magnifique. Matthieu se précipite sur son appareil photo et mitraille. Oubliée la perte du chapeau ! Il est aux anges… C’est vrai que ça vaut le coup, je m'y mets moi aussi , c'est l'occasion rêvée de finir le jetable... j’espère que les photos seront fidèles à la réalité !

    Gaspard nous regarde nous démener, tout surpris. Ce soir il est calme, sûrement fatigué. Il nous a suivis en liberté toute la journée, s’arrêtant parfois pour grignoter un trèfle ou une fougère, mais sans jamais nous perdre de vue. Du coup, il avance plus vite ! C’est une liberté appréciable pour nous que de pouvoir ainsi marcher côte à côte et à notre rythme sans avoir à le pousser ou à le surveiller : nous savons au tintement de son grelot qu’il n’est pas loin derrière, et nous nous retournons juste de temps en temps pour lui parler, l’appeler, l’encourager, vérifier qu’il n’a pas de problème avec son bât… Et puis, quelle fierté lorsque nous croisons quelqu’un qui s’étonne : « Vous ne le tenez pas et il vous suit, comme ça ? » Et oui, « comme ça » ! C’est fort, hein ? Ah, là, on ne nous regarde plus comme des gens sans cœur et cruels !

    Voilà pour aujourd’hui. Nous allons dormir, en espérant que nous ne mourrons pas asphyxiés pendant la nuit, car les odeurs que nous produisons, dignes de celles que Gaspard sème derrière lui régulièrement, sont relativement désagréables (la salade de riz d’hier midi ne devait plus être très fraîche)… Bonne nuit quand même !

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