Raconté par : matthieu
Avant de parler d’aujourd’hui, j’aimerais revenir sur la soirée d’hier, puisqu’il s’est passé des choses alors que Blandine avait déjà écrit dans le cahier.
Le propriétaire est
arrivé mais ce n’était pas lui que nous avions vu avant.
L’espace d’une seconde, je me suis demandé si on ne s’était
pas trompés d’endroit (personne ne nous avait conduits jusqu’ici,
nous avions suivi la description qu’on nous avait donnée à
la ferme). Surpris, il nous a demandé ce que nous faisions chez
lui, et ce n’est qu’après explications qu’il a compris que nous
n’avions pas l’intention de lui nuire. Nous avons discuté amicalement
de notre voyage. Plus tard, son gendre (c’est lui qui nous avait dit de
nous installer là) est venu nous rendre visite à son tour,
avec ses trois enfants (un de CE2, un de 6 ans et un de 3 ans ½).
Pendant que Blandine discutait avec le père, j’ai discuté
avec les enfants. Je leur ai montré notre « cuisine »,
c’est à dire le réchaud à gaz, je leur ai dit qu’on
mangeait des nouilles et du riz, je leur ai dit où était
Nice par rapport à chez eux, etc. C’était vraiment super
sympa. Puis ils sont allés chercher du pain dur, vraiment dur, super
pour Gaspard.
Ce matin, en allant faire
le plein d’eau à la ferme avant de partir, je leur ai demandé
leur adresse pour pouvoir leur donner des nouvelles
* * *
Lieu de départ : le Crot de Savigny
Lever : 6h30 pour Blandine… 7h15 pour Matthieu…
Heure de départ : 9h
Heure d’arrivée : 18h30
Distance parcourue : 23 km
Météo : soleil TRES chaud
Paysages : prés à vaches, champs,
villages (un peu de canal ce matin)
Terrain : bas côtés des routes
Journée calme. Il
faisait chaud, très chaud, et nous profitions de l’ombre que nous
trouvions…
L’image de ces vaches entassées
les unes contre les autres sous le seul arbre de leur pré nous amuse
et nous fait envie : si seulement nous pouvions rester à l’ombre
nous aussi ! Rien de spécial à signaler en ce qui concerne
notre route.
Pourtant, ce jour est exceptionnel
pour les rencontres que nous avons faites. Je ne reviens pas sur l’étape
de la nuit dernière, mais nous ne l’oublierons pas !
Ce midi nous nous sommes
arrêtés sur un carré d’herbe à l’entrée
d’un hameau (Cheron), et aussitôt un couple est sortis d'une maison
avec leur fils d’environ 1 an ½ pour venir nous voir. Comme d’habitude
la conversation a commencé autour de Gaspard, puis nous avons parlé
de nous… Ils nous ont apporté tout de suite une bouteille d’eau
fraîche du frigo (une bénédiction, par cette chaleur
caniculaire) et nous ont proposé une bière – ou quoi que
ce soit dont nous pourrions avoir besoin. Ils ont remis une bouteille d’eau
au congélateur pour que nous puissions repartir avec de l’eau fraîche
après notre pause déjeuner. Puis ils nous ont laissés
pour aller manger eux aussi, en nous disant bien de repasser chez eux avant
de partir pour prendre l’eau.
Lorsque nous avons eu fini
notre sieste, je suis retourné chercher l’eau, les remercier et
leur dire au revoir. Si nous étions passés là le soir,
ils nous auraient bien proposé leur jardin pour dormir… Mais bon,
il était midi, nous avions encore de la route à faire… Juste
au moment de repartir, le monsieur m’a tendu un billet de 100f. Je l’ai
assuré qu’on n’en avait pas besoin, mais il a insisté. Il
m’a dit que ça lui faisait plaisir de voir des gens heureux, comme
nous, alors que lui a perdu sa mère il y a six mois, son frère
il y a un mois et son père il y a 8 jours. C’est étrange
: c’est lui qui est dans les difficultés et c’est lui qui veut nous
aider… Mon Dieu, merci pour ces rencontres. Veille sur eux…
J’ai donc accepté
de prendre l’argent (c’était presque gênant de refuser !)
et j’ai noté leur adresse…
Pendant que j’y pense : l’après-midi nous sommes passés à proximité du circuit de Magny-Court. Nous avons entendu toute la journée des bruits de moteurs, de changements de vitesses etc. Comme ça doit être épuisant d’habiter dans le coin !
Enfin, ce soir, alors que
nous arrivons à bout de forces à Azy-le-Vif, une jeune femme
sort de la première maison et nous demande si nous allons loin comme
ça : « eh ben vous en avez pour un bout de temps à
manger des nouilles ! » s’exclame-t-elle en apprenant que nous allons
à Nice. Nous rions de bon cœur : elle ne croit pas si bien dire
! Elle est attendrie par Gaspard, elle aussi elle a un âne, mais
il est dans un pré plus loin. La conversation s’engage, nous avouons
que nous cherchons un lieu d’étape pour la nuit, et elle cherche
de tête qui, dans la commune, pourrait nous loger… Elle a bien un
pré de libre, mais elle hésite à nous mettre là
car il n’y a pas d’eau, et puis elle nous raconte que la dernière
fois qu’elle a accepté de laisser des gens camper sur son terrain
(des gens venus pour une course à Magny-Court), ils lui ont découpé
un rectangle dans son portail grillagé pour faire un barbecue avec
!!! On comprend qu’elle se méfie désormais… C’est pourtant
chez elle que nous resterons finalement, dans un petit pré fermé
où nous pouvons une fois de plus laisser Gaspard dormir «
tout nu ». Mais attention : pas question de laisser des cochonneries
en partant ou de lui abîmer sa clôture ! Nous promettons d’être
sages et elle nous fait confiance. Elle nous propose et nous apporte de
l’eau dans 2 pots de 20 litres chacun ( ! ) et du grain (orge + avoine)
pour Gaspard. Nous lui donnons une ration tout de suite : il se régale…
Nous gardons ce qui reste pour les jours suivants. Ca tombe bien : on le
trouvait de moins en moins en forme, on sentait qu’il perdait de son énergie,
mais on n’osait pas demander du grain dans les fermes.
Elle nous a dit aussi que
contre les mouches on pouvait utiliser de l’ARKOFLY, un produit en bombe
dont elle passe une couche sur Gaspard. Ca a l’air vachement efficace !
Blandine espère que ce n’est pas dangereux (normalement c’est pour
les bovins).
Bref, cette inconnue dont nous n’avons malheureusement pas pris le nom ni l’adresse a été adorable. Contents, nous nous installons tranquillement. Notre fatigue n’est rien comparée au réconfort d’avoir trouvé un tel accueil. Nous repensons avec bonheur à toutes les rencontres de cette journée. La chance est avec nous.
Il est 21h15, nous allons dormir tôt pour une fois…
* * *