MERCREDI 15 AOUT – JOUR 25

Lieu de départ : Apinac
Lever : 6h30
Heure de départ : 9h
Heure d’arrivée : 19h30
Distance parcourue : 24 km (pas mal…)
Météo : soleil
Paysages : montagnes
Terrain : cailloux - abrupts

Raconté par : Blandine

    Ce matin, nous avons quitté Apinac après avoir récupéré notre téléphone qui était resté coincé dans l’atelier toute la nuit. Heureusement, les enfants se sont réveillés – et du coup leurs parents aussi – ce qui nous a permis de ne pas partir trop tard.
    Nous garderons un excellent souvenir de cette halte, et d’ailleurs la dame nous a demandé d’écrire une carte à son fils Daniel (10 ans) quand on serait arrivés, ce qui, évidemment, était déjà dans nos intentions.

    Matinée sans histoires : nous marchons. A un moment, Matthieu et moi ne sommes pas d’accord sur la façon de pousser Gaspard quand il traîne : la menace du bâton derrière sa croupe, ou les petites tapes à main nue sur les fesses ? Les deux méthodes sont efficaces mais chacun critique celle de l’autre, et finalement Gaspard n’avance pas si mal. Petite sieste à midi, puis nous partons à l’attaque du gros morceau de la journée : 2 petites gorges à franchir d’affilée. La première, au fond de laquelle coule l’Andrable, une petite rivière, ne nous pose aucun problème. Nous demandons de l’eau à des gens qui nous offrent également un verre de jus de pomme sur le pas de la porte (nous ne pouvons entrer en laissant Gaspard sans surveillance) et des figues excellentes (c’est la première fois que nous en mangeons, et nous sommes séduits). Notre âne pendant ce temps lèche goulûment la pierre à sel du pré voisin… L’Andrable se franchit à gué sans autre formalité.
 

    Nous remontons sur la rive opposée (3/4 d’heure jusqu’en haut !) puis redescendons d’autant pour traverser cette fois-ci la vallée de l’Ance, une rivière un peu plus grosse.
    Des gens très gentils offrent des friandises à Gaspard et nous conseillent un chemin moins escarpé que le GR pour atteindre la rivière. Une fois là, ça se corse : c’est vraiment un bon cours d’eau, impossible à traverser à gué… Une passerelle métallique d’une vingtaine de mètres de long, avec deux rambardes, nous attend… Aïe… Gaspard avec ses sacoches n’est-il pas trop large pour passer ? Comment va-t-il réagir au bruit inquiétant de ses sabots sur les plaques de métal ? Après estimation, ça devrait passer « juste-juste » en largeur sans avoir besoin d’enlever les sacoches. Nous nous engageons, Matthieu devant, moi derrière, comme si de rien n’était (on ne sait jamais, il n’a peut-être rien remarqué !)… Il résiste. Bon. Il va falloir s’armer de patience ! Les badauds s’approchent et y vont de leurs commentaires plus ou moins bienvenus (« Y a pas moyen, il passera pas ! » « Prenez un bâton et tapez lui le derrière, c’est la seule solution pour le forcer à avancer ! » « A mon avis, il faut lui bander les yeux ! » « Bah, laissez tomber, les ânes c’est trop têtu… »). Un peu agacés par toute cette agitation, nous nous efforçons de ne pas y prêter attention, et pleins de douceur envers Gaspard, nous insistons, nous l’encourageons. Il faut surtout qu’il s’engage bien dans l’axe, car si les sacoches butent, il prendra peur et reculera… Nous changeons de place : moi devant, et Matthieu derrière, peut-être cela changera-t-il sa manière de voir les choses ? Finalement, au bout d’une bonne demi-heure d’efforts soutenus, Gaspard a enfin les 4 sabots sur le pont ! Comme prévu, les sacoches passent juste-juste, ça se joue à quelques centimètres près… Encore quelques instants d’hésitation et il se met à avancer prudemment mais sans s’arrêter, jusqu’à l’autre bout. Ah, ils se taisent, maintenant, ceux qui prédisaient qu’on n’y arriverait pas !

    Seuls deux enfants, qui ont suivi l’opération et ont donné gentiment quelques encouragements de la voix à Gaspard, déclarent aux plus grands : « Non, il est pas têtu, c’est le plus gentil animal, un âne ! ».
    Un peu plus loin, nouvelle difficulté : le chemin, qui passait sur la berge, s’est effondré sur quelques mètres et il faut passer dans la boue, puis dans l’eau sur des pierres instables. Des barbelés traînent sur le sol, emmêlés au milieu du passage. Pour les barbelés, on leur fait un sort grâce à la pince coupante qu’on avait emportée en prévision (c’est l’inauguration !). Et pour le reste, Gaspard se débrouille très bien.
Ce genre de difficultés met un peu de piment dans nos journée. Nous connaissons suffisamment Gaspard pour savoir qu’il finira par franchir l’obstacle, tout l’art étant pour nous de trouver comment l’en persuader.

    Avec tout ça, il est 7h du soir et nous avons encore l’autre côté de la vallée à remonter pour arriver à Sarlanges. Nous trouvons l’hospitalité chez une dame seule avec son chien, très gentille et très bavarde. Elle trouve Gaspard très beau (et c’est vrai, il est très beau !) et s’inquiète un peu pour lui (des orages sont annoncés pour cette nuit). Mais nous sommes à l’abri du vent derrière sa maison et il a de l’herbe délicieuse pour son dîner, c’est parfait.
Quant à nous, après avoir pris notre repas chez elle, planté la tente et discuté un peu, nous allons dormir. Matthieu a quand même trouvé le moyen de  s’empaler le pied  sur une sardine en regagnant la tente. Ca saignait pas mal, mais ça va mieux. Enfin, du moment qu’il ne boîte pas, c’est pas grave !
P’tite bête…

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