1er jour après notre mariage : on tient toujours !
Lieu de départ : centre équestre
des 4 routes (Menestreau en Villette – Sologne)
Heure de départ : 15h25
Heure d’arrivée : 18h
Distance parcourue : 8,5 km
Paysages : Sologne = forêt, étangs,
moustiques
Terrain : plat, chemins sablonneux et bas-côtés
herbus.
Raconté par : Matthieu
C’est le grand départ
! Après un déjeuner rapide à la salle des fêtes
encore jonchée de serpentins et de confettis, nos familles et quelques
amis sont venus nous voir préparer Gaspard et partir. On était
heureux que Mutti (la grand-mère de Blandine), convalescente, soit
venue malgré le soleil et la fatigue…
Comme il était déjà
3h de l’après-midi et qu’on voulait quand même parcourir quelques
kilomètres avant de s’arrêter, pour que ce départ en
soit vraiment un, on était pressés et un peu tendus en installant
le bât et les bagages devant tous les gens qui nous regardaient.
Gaspard, lui, très calme, a supporté le bruit et l’agitation
sans rien dire (on aimerait bien qu’il « parle » un peu plus,
d’ailleurs ! On ne l'entend pas souvent braire).
Maman avait apporté
un ruban et un morceau de tulle, pour faire un flot à fixer sur
le licol. Comme ça, on voit que c’est un voyage de noces.
Nous sommes finalement
partis au travers d’une haie d’honneur faite par tous les cousins-cousines,
oncles et tantes restés pour assister à notre départ
vers l’Aventure.

Cyrille et Gwendal (2 copains
journalistes qui ont le projet de faire un petit reportage sur notre voyage)
nous ont suivis jusqu’au soir avec leur caméra pour filmer ce grand
moment. C’est vrai qu’on aimera le revoir, c’est sûr ! Ils marchent
à bonne distance de nous, ce qui permet quand même d'avoir
un peu d'intimité...
Joli pont en briques par-dessus
le Cosson.
Nous nous regardons tout
émus en nous appelant « mon mari », « ma femme
», et ces mots sonnent étrangement encore. Nous ne réalisons
certainement pas entièrement l’ampleur du changement que nous sommes
en train de vivre…
Première rencontre
: peu après l’arrêt dans un coin de forêt où
nous établissons notre campement pour la nuit, je pars un peu plus
loin chercher de l’eau, avec Cyrille et Gwendal toujours à la recherche
de « bons plans ». Un long chemin nous mène jusqu’à
une très grande demeure solognote, avec des canards à profusion.
Une dame âgée nous ouvre, un peu méfiante. Quand elle
a vu la caméra elle nous a demandé ce qui se passait. Elle
ne voulait pas croire que je venais juste chercher de l’eau, étant
donné le matériel vidéo de Cyrille et de Gwendal.
Difficile d’expliquer que je fais un voyage de noces, accompagné
de 2 garçons ! Après les explications multiples et embrouillées
de Cyrille et moi, j’ai pu prendre de l’eau, et nous avons finalement rejoint
Blandine et Gaspard qui nous attendaient dans notre coin de forêt.
A noter : la nécessité
de préparer mes phrases pour expliquer à cette dame que Blandine
est restée près de la route, car je dois parler de «
ma femme » et cela me fait très bizarre. Cyrille nous dira
plus tard que ça l’avait surpris lui aussi et qu’il s’était
finalement dit « Ah oui, c’est vrai ! ». Oui, c’est vrai, nous
sommes mariés. Nous n’en revenons pas, j’ai du mal à m’habituer
à voir l’alliance à mon doigt, mais nous sommes heureux…
!
Ce mariage était
vraiment super. Nous sommes heureux d’avoir pu profiter de chaque
instant de cette trop courte journée. J’ai l’impression que je vais
mourir de bonheur…
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Raconté par Blandine :
Matthieu l’a entendu partir au galop vers 1h du matin. Nous nous sommes levés précipitamment, mais trop tard, il était déjà loin, et dans la forêt en pleine nuit on ne voyait pas plus loin que le bout de notre nez, même avec nos lampes électriques… Alors on a préféré ne pas s’éloigner trop de la tente, retourner dormir puisqu’on n’avait que ça à faire en attendant le petit jour pour entreprendre des recherches plus poussées.
5h30 : à l’aube,
nous nous levons à nouveau. Pas de miracle : Gaspard n’est pas revenu.
Nous cherchons une piste, des empruntes, des indices mais nous ne trouvons
que quelques traces rondes identifiables à des sabots, sans plus
de précision. Gaspard est parti avec sa chaîne et son piquet-tire-bouchon
: le sol est tout retourné à l’endroit où nous l’avions
attaché. C’est compris : fini le piquet, la prochaine fois nous
utiliserons les arbres même si ça lui laisse moins de liberté
de mouvement. La prochaine fois… s’il y a une prochaine fois ! Nos recherches
demeurent vaines et nous imaginons le pire : est-il allé jusqu’à
la route ? Nous craignons l’accident … Est-il coincé quelque part
dans un taillis, un pied pris dans sa chaîne ou bien entravé
par quelque branchage ? Nous craignons la blessure… Est-il simplement retourné
au pré, rejoindre Intrépide, son grand copain, le cheval-pot-de-colle
? Pas impossible : nous ne sommes pas loin de notre point de départ
et il paraît que les ânes ont un bon sens de l’orientation…
Ce serait vexant !
7h : de retour à
la tente après avoir quadrillé les environs, nous avisons.
La peur me gagne. Voilà un voyage qui commence bien mal ! Allons-nous
retrouver Gaspard ? Dans quel état ? Quand ? Où ? Nous qui
avions prévu deux prochaines journées assez longues (55 km
en deux jours) pour faire halte mardi soir à Blancafort où
nous sommes attendus chez des amis, notre beau programme semble être
remis en cause… Après avoir petit-déjeûné rapidement
puis remis à l’abri tout ce que nous avions sorti (car le temps
se couvre), nous décidons d’aller chercher du secours. Matthieu,
emmitouflé dans son K-way, ira en stop jusqu’au pré pour
vérifier qu’il n’y trouve pas notre mauvais plaisantin, puis s’il
le faut jusqu’à la gendarmerie de la Ferté-St-Aubin. Je resterai
ici, avec tout notre paquetage, pour le cas improbable où Gaspard
aurait l’idée saugrenue de refaire son apparition.
7h40 : Nous nous séparons
donc. Nous ne savons pas pour combien de temps : 2h ? une journée
? plus ? L’orage est sur nous et Matthieu s’en va sous une pluie battante.
Mon angoisse, qui s’était transformée en colère contre
Gaspard qui nous fait perdre notre temps et qui nous fait peur, retombe
un peu. Après tout, ce n’est que l’aventure qui commence, on en
verra d’autres et sûrement pas des moindres au cours des prochaines
semaines ! D’ailleurs, Jacques Clouteau, le célèbre voyageur
à âne à qui nous avions demandé conseil pour
préparer notre voyage, nous avait prévenus : « TOUTES,
il vous les fera TOUTES. ! »…Ca commence fort.
8h30 : pas de nouvelles.
Le beau voyage va-t-il finir là ?
9h40 : Alors que je somnole
sous le crépitement continu de la pluie sur la toile de tente, le
téléphone portable (un outil bien utile de temps en temps
même si Matthieu peste sans arrêt à ce propos) se met
à sonner : quelqu’un (un gendarme ?) me passe Matthieu qui m’annonce
que l’âne est retrouvé, quelque part dans une propriété
pas très loin d’ici.
OUF ! C’est déjà
ça ! Le temps qu’il s’y rende et qu’il me rejoigne avec l’âne-imal,
ils ne seront pas là dans la minute, mais au moins il n’est rien
arrivé de grave, c’est miraculeux. Je respire. J’espère que
ses recherches se sont bien passées, que les gens ne lui ont pas
ri au nez, ont accepté de l’aider sans le soupçonner de quoi
que ce soit. J’espère que les gendarmes ont été sympa,
c’est vrai qu’un âne ce n’est pas bien important, mais quel drame
de le perdre et quel soulagement de le retrouver ! Enfin, je crois qu’aujourd’hui
il aura quand même droit à notre mauvaise humeur la plus sincère,
non mais !
11h05 : Toujours personne
en vue. Après avoir marché jusqu’à la route, tourné
en rond, attendu sous la pluie, je suis retournée m’abriter sous
la tente. Je ne suis plus inquiète pour Gaspard-le-sacripant mais
pour Matthieu à présent : où en est-il ? De quelle
humeur est-il ? Parti il y a plus de 3 heures après un petit déjeuner
rapide, quelle énergie lui reste-t-il ? Le soulagement d’avoir retrouvé
Gaspard a-t-il suffi à l’encourager ? Je l’imagine trempé,
transi, fatigué… Tout à l’heure devant ma mine sombre il
me disait qu’il préférait le prendre en rigolant : maintenant
je suis reposée, bien au sec… Et pour lui, qu’en est-il ?
12h15 : Les voilà
!
Sains et saufs mais en piteux état… Gaspard, tout penaud, tremble
comme une feuille, il est blessé au-dessus de l’œil droit et en
haut de l’antérieur droit (des coupures probablement causées
par un fil barbelé, mais ça n'a pas l'air trop profond).
Nous l’attachons (à un arbre), nous lui donnons des caresses et
des carottes, je mets de l’argile verte sur ses blessures déjà
envahies par les insectes… Puis, je rejoins Matthieu qui s’est effondré
dans la tente, content d’avoir réussi, mais à bout de forces.
« Je crois que j’ai besoin de sommeil » me déclare-t-il
pour expliquer ses larmes. Deux bonnes tartines de nutella arrangeront
tout ça.
Plus tard, Matthieu me raconte son périple : à pieds jusqu’au centre équestre (pas de Gaspard). Puis en stop jusqu’à la Ferté, où les gendarmes lui apprennent qu’un âne vient effectivement d’être trouvé par le garde forestier. Ils le conduisent en voiture jusqu’à l’endroit en question, puis l’âne et le mari refont à pied la route jusqu’à moi. En fait, Gaspard a rebroussé chemin sur quelques kilomètres, comme on pouvait s’en douter, puis est rentré dans une barrière à cochons (d’où ses blessures, heureusement sans gravité) et c’est là que le garde forestier l’a trouvé ce matin. Nous en sommes quittes pour notre peur, espérons que de telles (més)aventures ne se reproduiront pas !
* * *