DIMANCHE 22 JUILLET – JOUR 1

1er jour après notre mariage : on tient toujours !

Lieu de départ : centre équestre des 4 routes (Menestreau en Villette – Sologne)
Heure de départ : 15h25
Heure d’arrivée : 18h
Distance parcourue : 8,5 km
Paysages : Sologne = forêt, étangs, moustiques
Terrain : plat, chemins sablonneux et bas-côtés herbus.

Raconté par : Matthieu

    C’est le grand départ ! Après un déjeuner rapide à la salle des fêtes encore jonchée de serpentins et de confettis, nos familles et quelques amis sont venus nous voir préparer Gaspard et partir. On était heureux que Mutti (la grand-mère de Blandine), convalescente, soit venue malgré le soleil et la fatigue…
    Comme il était déjà 3h de l’après-midi et qu’on voulait quand même parcourir quelques kilomètres avant de s’arrêter, pour que ce départ en soit vraiment un, on était pressés et un peu tendus en installant le bât et les bagages devant tous les gens qui nous regardaient. Gaspard, lui, très calme, a supporté le bruit et l’agitation sans rien dire (on aimerait bien qu’il « parle » un peu plus, d’ailleurs ! On ne l'entend pas souvent braire).
    Maman avait apporté un ruban et un morceau de tulle, pour faire un flot à fixer sur le licol. Comme ça, on voit que c’est un voyage de noces.
    Nous sommes finalement partis au travers d’une haie d’honneur faite par tous les cousins-cousines, oncles et tantes restés pour assister à notre départ vers l’Aventure.

    Cyrille et Gwendal (2 copains journalistes qui ont le projet de faire un petit reportage sur notre voyage) nous ont suivis jusqu’au soir avec leur caméra pour filmer ce grand moment. C’est vrai qu’on aimera le revoir, c’est sûr ! Ils marchent à bonne distance de nous, ce qui permet quand même d'avoir un peu d'intimité...
    Joli pont en briques par-dessus le Cosson.
    Nous nous regardons tout émus en nous appelant « mon mari », « ma femme », et ces mots sonnent étrangement encore. Nous ne réalisons certainement pas entièrement l’ampleur du changement que nous sommes en train de vivre…

    Première rencontre : peu après l’arrêt dans un coin de forêt où nous établissons notre campement pour la nuit, je pars un peu plus loin chercher de l’eau, avec Cyrille et Gwendal toujours à la recherche de « bons plans ». Un long chemin nous mène jusqu’à une très grande demeure solognote, avec des canards à profusion. Une dame âgée nous ouvre, un peu méfiante. Quand elle a vu la caméra elle nous a demandé ce qui se passait. Elle ne voulait pas croire que je venais juste chercher de l’eau, étant donné le matériel vidéo de Cyrille et de Gwendal. Difficile d’expliquer que je fais un voyage de noces, accompagné de 2 garçons ! Après les explications multiples et embrouillées de Cyrille et moi, j’ai pu prendre de l’eau, et nous avons finalement rejoint Blandine et Gaspard qui nous attendaient dans notre coin de forêt.
    A noter : la nécessité  de préparer mes phrases pour expliquer à cette dame que Blandine est restée près de la route, car je dois parler de « ma femme » et cela me fait très bizarre. Cyrille nous dira plus tard que ça l’avait surpris lui aussi et qu’il s’était finalement dit « Ah oui, c’est vrai ! ». Oui, c’est vrai, nous sommes mariés. Nous n’en revenons pas, j’ai du mal à m’habituer à voir l’alliance à mon doigt, mais nous sommes heureux… !
    Ce mariage était vraiment super. Nous sommes heureux d’avoir pu  profiter de chaque instant de cette trop courte journée. J’ai l’impression que je vais mourir de bonheur…
 


 
 
 

 * * *

Première nuit sous tente, première épreuve : Gaspard nous a faussé compagnie !

Raconté par Blandine :

    Matthieu l’a entendu partir au galop vers 1h du matin. Nous nous sommes levés précipitamment, mais trop tard, il était déjà loin, et dans la forêt en pleine nuit on ne voyait pas plus loin que le bout de notre nez, même avec nos lampes électriques… Alors on a préféré ne pas s’éloigner trop de la tente, retourner dormir puisqu’on n’avait que ça à faire en attendant le petit jour pour entreprendre des recherches plus poussées.

    5h30 : à l’aube, nous nous levons à nouveau. Pas de miracle : Gaspard n’est pas revenu. Nous cherchons une piste, des empruntes, des indices mais nous ne trouvons que quelques traces rondes identifiables à des sabots, sans plus de précision. Gaspard est parti avec sa chaîne et son piquet-tire-bouchon : le sol est tout retourné à l’endroit où nous l’avions attaché. C’est compris : fini le piquet, la prochaine fois nous utiliserons les arbres même si ça lui laisse moins de liberté de mouvement. La prochaine fois… s’il y a une prochaine fois ! Nos recherches demeurent vaines et nous imaginons le pire : est-il allé jusqu’à la route ? Nous craignons l’accident … Est-il coincé quelque part dans un taillis, un pied pris dans sa chaîne ou bien entravé par quelque branchage ? Nous craignons la blessure… Est-il simplement retourné au pré, rejoindre Intrépide, son grand copain, le cheval-pot-de-colle ? Pas impossible : nous ne sommes pas loin de notre point de départ et il paraît que les ânes ont un bon sens de l’orientation… Ce serait vexant !
    7h : de retour à la tente après avoir quadrillé les environs, nous avisons. La peur me gagne. Voilà un voyage qui commence bien mal ! Allons-nous retrouver Gaspard ? Dans quel état ? Quand ? Où ? Nous qui avions prévu deux prochaines journées assez longues (55 km en deux jours) pour faire halte mardi soir à Blancafort où nous sommes attendus chez des amis, notre beau programme semble être remis en cause… Après avoir petit-déjeûné rapidement puis remis à l’abri tout ce que nous avions sorti (car le temps se couvre), nous décidons d’aller chercher du secours. Matthieu, emmitouflé dans son K-way, ira en stop jusqu’au pré pour vérifier qu’il n’y trouve pas notre mauvais plaisantin, puis s’il le faut jusqu’à la gendarmerie de la Ferté-St-Aubin. Je resterai ici, avec tout notre paquetage, pour le cas improbable où Gaspard aurait l’idée saugrenue de refaire son apparition.
    7h40 : Nous nous séparons donc. Nous ne savons pas pour combien de temps : 2h ? une journée ? plus ? L’orage est sur nous et Matthieu s’en va sous une pluie battante. Mon angoisse, qui s’était transformée en colère contre Gaspard qui nous fait perdre notre temps et qui nous fait peur, retombe un peu. Après tout, ce n’est que l’aventure qui commence, on en verra d’autres et sûrement pas des moindres au cours des prochaines semaines ! D’ailleurs, Jacques Clouteau, le célèbre voyageur à âne à qui nous avions demandé conseil pour préparer notre voyage, nous avait prévenus : « TOUTES, il vous les fera TOUTES. ! »…Ca commence fort.
    8h30 : pas de nouvelles. Le beau voyage va-t-il finir là ?
    9h40 : Alors que je somnole sous le crépitement continu de la pluie sur la toile de tente, le téléphone portable (un outil bien utile de temps en temps même si Matthieu peste sans arrêt à ce propos) se met à sonner : quelqu’un (un gendarme ?) me passe Matthieu qui m’annonce que l’âne est retrouvé, quelque part dans une propriété pas très loin d’ici.
    OUF ! C’est déjà ça ! Le temps qu’il s’y rende et qu’il me rejoigne avec l’âne-imal, ils ne seront pas là dans la minute, mais au moins il n’est rien arrivé de grave, c’est miraculeux. Je respire. J’espère que ses recherches se sont bien passées, que les gens ne lui ont pas ri au nez, ont accepté de l’aider sans le soupçonner de quoi que ce soit. J’espère que les gendarmes ont été sympa, c’est vrai qu’un âne ce n’est pas bien important, mais quel drame de le perdre et quel soulagement de le retrouver ! Enfin, je crois qu’aujourd’hui il aura quand même droit à notre mauvaise humeur la plus sincère, non mais !
    11h05 : Toujours personne en vue. Après avoir marché jusqu’à la route, tourné en rond, attendu sous la pluie, je suis retournée m’abriter sous la tente. Je ne suis plus inquiète pour Gaspard-le-sacripant mais pour Matthieu à présent : où en est-il ? De quelle humeur est-il ? Parti il y a plus de 3 heures après un petit déjeuner rapide, quelle énergie lui reste-t-il ? Le soulagement d’avoir retrouvé Gaspard a-t-il suffi à l’encourager ? Je l’imagine trempé, transi, fatigué… Tout à l’heure devant ma mine sombre il me disait qu’il préférait le prendre en rigolant : maintenant je suis reposée, bien au sec… Et pour lui, qu’en est-il ?
    12h15 : Les voilà ! Sains et saufs mais en piteux état… Gaspard, tout penaud, tremble comme une feuille, il est blessé au-dessus de l’œil droit et en haut de l’antérieur droit (des coupures probablement causées par un fil barbelé, mais ça n'a pas l'air trop profond). Nous l’attachons (à un arbre), nous lui donnons des caresses et des carottes, je mets de l’argile verte sur ses blessures déjà envahies par les insectes… Puis, je rejoins Matthieu qui s’est effondré dans la tente, content d’avoir réussi, mais à bout de forces. « Je crois que j’ai besoin de sommeil » me déclare-t-il pour expliquer ses larmes. Deux bonnes tartines de nutella arrangeront tout ça.

    Plus tard, Matthieu me raconte son périple : à pieds jusqu’au centre équestre (pas de Gaspard). Puis en stop jusqu’à la Ferté, où les gendarmes lui apprennent qu’un âne vient effectivement d’être trouvé par le garde forestier. Ils le conduisent en voiture jusqu’à l’endroit en question, puis l’âne et le mari refont à pied la route jusqu’à moi. En fait, Gaspard a rebroussé chemin sur quelques kilomètres, comme on pouvait s’en douter, puis est rentré dans une barrière à cochons (d’où ses blessures, heureusement sans gravité) et c’est là que le garde forestier l’a trouvé ce matin. Nous en sommes quittes pour notre peur, espérons que de telles (més)aventures ne se reproduiront pas !

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