Randonnée au col du Razet
week end des 2 et 3 février 2002

    Nous avons prévu pour ce week-end une randonnée en amoureux, Matthieu et moi, avec Gaspard. Nous irons faire un tour sur la montagne d'en face par des GR que nous avons choisis sur la carte, camperons là-haut et redescendrons le lendemain. Pour cela, nous avons apporté les provisions nécessaires, des vêtements  chauds, la tente et les duvets. Comme nous avons nettement moins de bagages que cet été, nous avons décidé de ne rien porter, et de tout faire tenir dans les  sacoches et sur le dos de Gaspard.

    Nous évaluons son chargement à une trentaine de kilos pour ces deux jours, qui diminueront au fur et à mesure que nous consommerons nos repas. C'est moins que ce qu'il portait cet été, mais c'est beaucoup quand même, car il a certainement perdu pas mal de son entraînement.
    Vers 10h30, nous quittons Myrtille, impatients de retrouver les sensations de liberté et de découverte que nous éprouvions cet été.

Gaspard marche d'un bon pas, nous sentons qu'il est content. Nous aussi, car le fait de ne rien porter change pas mal de choses !
 

    Nous traversons d'abord la petite vallée, puis la voie ferrée, et commençons vers midi l'ascension vers le "col de la Petite Bergevine". La montée se fait par un petit sentier de forêt qui fait des lacets à flanc de montagne, assez raides, mais nous grimpons légers comme l'air sans nos charges habituelles. Il fait beau, mais pas trop chaud, nous supportons sans peine un pull lorsque nous sommes à l'ombre, et même deux (voire un blouson) lors des arrêts. Par contre, dès que nous sommes au soleil, il faut se mettre en T-shirt pour être à l'aise ! Gaspard, lui, suit sans trop de peine mais il commence à transpirer sous son pelage d'hiver.


    Nous nous arrêtons vers midi et demie pour manger dans un endroit du sentier un peu plus large, mais il y a peu d'herbe pour lui, aussi ne nous attardons nous pas : on se reposera plus haut, là où il pourra se rassasier. On repart. Arrivés au premier col, on continue de monter pour atteindre le "col de la Haute Bergevine" en contournant un petit sommet.

    Là, nous faisons halte sur un replat, avec vue imprenable sur la vallée de Sospel (derrière nous), et en face sur le village d'Olivetta, en Italie. Nous sommes à la frontière !

    Nous continuons de grimper, vers le point culminant de notre randonnée : "la tête de Cuore", à près de 1100m d'altitude (soit presque 800 m de dénivellé depuis le départ). La montée est de plus en plus difficile, il faut enjamber des rochers, Gaspard transpire de plus en plus et nous culpabilisons de ne pouvoir le soulager de sa charge, nous qui ne portons rien... Il s'arrête à chaque virage, pour reprendre son souffle et admirer la vue. Voit-il vraiment la même chose que nous ? A-t-il conscience de regarder du côté où nous avons laissé Myrtille ? Ou bien a-t-il entendu des braiements au loin ? Quoi qu'il en soit, nous nous arrêtons aussi car la vue est magnifique.

    Gaspard reprend sa marche et s'arrête à nouveau quelques mètres plus haut. Nous le surveillons du coin de l'oeil. Ses arrêts sont de plus en plus fréquents et de plus en plus longs. Est-ce à cause de la fatigue, ou de la rétiscence à s'éloigner de sa nouvelle copine ? Nous penchons plutôt pour la première solution, car il trébuche régulièrement et dégouline de sueur. Nous l'encourageons de la voix. Il faut vite trouver un endroit pour faire une vraie pause, le laisser manger, sécher et reprendre ses forces avant de repartir. Nous décidons de le reprendre à la longe (il suivait en liberté depuis le début du sentier) afin de le guider plus facilement. C'est aussi une façon de nous forcer à l'attendre : cet été, nous avons fait des ascensions bien plus ardues, mais nous étions chargés nous aussi, et donc nettement plus lents que lui... Il avait alors le temps de se reposer régulièrement en nous attendant, alors que là il est sans arrêt obligé de se dépêcher pour nous suivre... Lorsqu'un peu tard nous prenons conscience de cela, nous nous efforçons de ralentir le rythme. Nous arrivons finalement à un passage rocheux vraiment trop délicat pour lui : encombré de ses sacoches il risquerait de se coincer et de se blesser. Nous cherchons un moyen de contourner l'obstacle et finissons par y parvenir au prix de gros efforts. Nous atteignons enfin la tête de Cuore. Idéal pour une pause : il fait chaud, peu de vent, il y a de l'herbe et de la place. Nous nous laissons aller à une petite sieste au soleil pendant que Gaspard broute sans s'éloigner de nous.

    La partie la plus difficile est terminée. La montée aura durée à peine deux ou trois heures, mais c'est largement assez pour Gaspard qui se remet doucement de tous les efforts qu'il vient de faire pour nous. Encore une fois, nous lui rendons hommage pour son courage... La suite sera normalement plus tranquille car d'après la carte nous suivrons plus ou moins les courbes de niveau. Les prochains efforts seront pour la descente, demain. En attendant, nous prévoyons de marcher encore un peu, le long de la frontière avec l'Italie, puis jusqu'au col du Razet où nous espérons faire étape pour la nuit. Si tout va bien, nous n'y serons pas trop tard : il ne faut pas oublier que nous sommes en hiver, le soleil se couche tôt, et puis nous voulons avoir le temps d'en profiter et laisser Gaspard prendre un repos bien mérité.
    Une grosse demie-heure plus tard, Gaspard est sec et reposé. Après une pause photo au point culminant, devant la borne de frontière, nous repartons.

 
    Encore quelques passages délicats mais sans danger (les descentes dans les cailloux, ça dérape !), dont Gaspard se sort très bien. Puis nous longeons la montagne jusqu'au col du Razet où nous parvenons vers 16h30. Il fait encore jour mais le soleil a déjà disparu derrière la montagne toute proche. Nous déchargeons Gaspard, et lui installons un enclos avec du ruban entre les arbres, sur le coté ouest du col. Ainsi, en plantant la tente juste à côté, nous aurons le soleil demain matin et ça nous aidera à nous lever... nous craignons en effet un peu le froid pour cette nuit...
    Nous avons décidé de ne pas attacher Gaspard. Nous espérons que le ruban (même non éléctrifié) suffira à le dissuader de se sauver... Nous voulons essayer cette solution car c'est plus confortable pour lui, et nous parions sur le fait qu'il retrouvera le sentiment de sécurité qu'il avait cet été en vivant en permanence auprès de nous. Nous n'irons pas jusqu'à prendre le risque de le laisser en totale liberté pendant notre sommeil, car nous sommes tout de même près du point de départ qu'il
considère sans doute déjà comme chez lui et qu'il serait bien capable d'essayer de retrouver sans nous (on aurait l'air malin, tout seuls là-haut, avec un bât et toutes nos affaires, mais pas de sacs à dos...) ! Nous lui avons attaché son grelot au licol, pour l'entendre bouger cette nuit et dormir plus paisiblement. Eh oui, curieusement, trop de silence nous inquiète et lorsque par hasard nous nous réveillons en pleine nuit à cause du froid ou d'autre chose, nous guettons avidement
le son apaisant de la clochette qui nous rassure et nous permet de nous rendormir : Gaspard est toujours là, tout va bien, il éloignera les loups et les monstres et nous le retrouverons demain avec joie, certains qu'il aura veillé sur nous autant que nous sur lui.

    Nous dînons vers 19h, à la nuit tombée, sous un magnifique ciel étoilé. En hiver, les constellations ne sont pas à la même place qu'en été, et nous sommes tous dépaysés ! A 20h30 nous regagnons la tente, et nous nous endormons bien au chaud dans nos duvets, avec un pull et de grosses chaussettes.

    8h le dimanche matin. Nous avons assez bien dormi, malgré la légère pente du sol et le petit froid qui nous a réveillés une ou deux fois. Mais nous sommes plutôt surpris de n'avoir pas eu si froid que ce à quoi nous nous attendions : il nous est arrivé d'avoir plus froid que ça en plein été, alors que nous campions à des altitudes comparables... L'absence de vent en est sans doute l'explication la plus plausible. Gaspard n'a pas sonné le réveil. Nous l'entendons bouger tout près de la tente. Nous prenons notre temps, nous ne sommes pas pressés. Nous nous levons enfin vers 9h, petit déjeûnons et rangeons tranquillement. Nous avons sorti Gaspard de son enclos, sachant qu'il ne s'éloignera pas du campement sans nous, et curieux de voir ce qu'il va faire. Il s'avance d'abord jusqu'au milieu du carrefour (sur ce col, on est à la croisée de 6 ou 7 sentiers). Là, il se tourne d'abord vers la vallée de Sospel, précisément devant le chemin que nous allons prendre. Puis il se rend au débouché du chemin par lequel nous sommes arrivés, et reste un long moment en observation. Il revient, inspecte le panneau indicateur des différents GR, vient voir ce que fait Matthieu qui est en train de plier la toile de tente, puis retourne explorer les entrées des autres chemins.
 

    Il s'éloigne, revient, repart, mais reste à portée de vue. Nous le surveillons tout en rangeant, amusés de son comportement. Il fourre son nez dans nos paquets, comme pour vérifier quelque chose, puis retourne à ses investigations. A un moment, nous sommes tous les deux cachés à sa vue par un gros buisson, nous finissons de ranger la tente, quand nous l'entendons arriver au galop : il contourne l'obstacle et s'arrête en nous voyant, l'air de dire : "Ouf ! Vous êtes toujours là ! J'ai cru que vous étiez partis sans moi !" Quel bonheur de retrouver les mêmes attitudes, les mêmes moments de complicité que cet été, la même confiance réciproqueentre lui et nous. Il est si gentil, si drôle et si intelligent, c'est à peine croyable.

    Vers 10h30, après avoir chargé Gaspard et nettoyé le coin, nous sommes prêts à repartir. Nous avons choisi le chemin qui redescend vers Sospel directement, sans faire le tour du Mont Razet comme nous l'avions prévu initialement : en effet ce chemin, plus long, comporte au moins une descente très raide et nous voulons épargner ça à Gaspard. L'itinéraire que nous allons prendre finalement sera déjà assez raide comme ça. Nous partons donc. Nous croisons un groupe de marcheurs tout étonnés par cette apparition matinale. Le bât est mal équilibré (on a un peu perdu a main !) et penche un peu d'un côté, le tangage de la descente n'arrange rien. En plus, l'ensemble glisse peu à peu vers l'avant, comme à chaque fois qu'une descente très raide se prolonge un peu.

    Une fontaine providentielle lui permet de se désaltérer à mi-chemin, et nous en profitons pour rétablir tant bien que mal l'équilibre des sacoches, mais ça penche de l'autre côté maintenant... C'est exaspérant ! Malgré tout, Gaspard ne fait pas un faux pas. Il semble même pressé d'avancer (a-t-il senti que nous prenions le chemin du retour ?). Soudain, Matthieu ne résiste pas à l'envie de piquer un sprint dans les feuilles mortes, dévalant la pente mi-courant mi-glissant dans un vacarme de craquements et de bruissements. Il me faut toute ma force pour retenir Gaspard qui, prenant son élan, s'apprêtait à en faire autant ! Je prie Matthieu de se retenir désormais s'il ne veut pas causer un accident... Finalement, vers midi, nous nous arrêtons pour déjeûner dans une petite prairie et nous en profitons pour débarrasser Gaspard de sa charge : puisqu'il faut refaire le chargement de A à Z avant de repartir, autant le libérer tout de suite !
    Nous ne sommes plus qu'à quelques kilomètres de notre but. Nous traversons le village de Sospel, passons à côté de la piscine découverte (gelée sur une épaisseur de plusieurs dizaines de centimètres !), longeons la petite vallée en regardant les parapentistes atterrir dans le pré en contrebas, au milieu des chevaux qui ne semblent pas s'en formaliser. Gaspard est intrigué par ce spectacle. Sur la route qui nous ramène à la maison, nous avons une vue d'ensemble la première partie du trajet que nous avons fait (hier) .


 
Vers 15h30, nous sommes de retour chez Myrtille qui nous fait fête.


    Voilà, nos deux ânes sont tout contents de se retrouver pour brouter en choeur, et nous avons passé un week end génial.
    La prochaine fois, si on allait faire une balade dans le parc du Mercantour ? C'est à deux pas d'ici !
 

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