Ah, les amis, que de changements !
Hier, j'étais tranquillement en train de
brouter dans mon pré, je m'ennuyais un peu, et là j'ai vu
arriver Blandine et Matthieu et trois autres humains que je ne
connaissais pas. Ils m'ont caressé, m'ont dit des tas de compliments,
comme quoi j'étais calme et sage et mignon tout plein... Ils m'ont
emmené jusqu'à la route, où
attendait une boîte roulante pour ânes ou chevaux, enfin
vous connaissez je pense. Mais il n'y avait ni âne ni cheval dedans.
Visiblement, ils avaient l'intention de m'y
faire monter. Moi, j'étais plutôt content qu'ils me sortent
du pré, mais je me demandais bien où on allait comme ça
! Je me méfiais un peu. Blandine est montée dans
la boîte, elle m'encourageait à la suivre et les autres
me regardaient, curieux. Alors moi, pour les épater, après
avoir vérifié l'odeur du plancher, hop, je suis monté,
tout gentiment. Ah, ça, ils étaient drôlement admiratifs,
même Blandine et Matthieu !
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Je me demande à quoi ils s'attendaient, j'aurais peut-être dû les faire mariner un peu...
Ils m'ont attaché à l'intérieur,
ils ont fermé derrière moi, et c'était parti. J'ai
commencé à sentir le plancher trembler sous mes pieds : on
roulait. Je n'étais pas trop
inquiet, mais bon, j'avais hâte qu'on arrive, parce qu'il faisait
chaud là-dedans, et je commençais à avoir envie de
me dégourdir les jambes. Mais au moins, c'était plus confortable
que l'espèce d'engin dans lequel on avait voyagé cet été
! Là, je pouvais m'appuyer solidement sur les côtés
sans me faire mal...
On a roulé pendant un moment, puis on s'est
arrêtés. Enfin. La porte derrière moi s'est ouverte,
Blandine m'a fait descendre, et là, j'ai entendu quelqu'un braire
!
J'ai regardé, et j'ai vu deux grandes oreilles arriver à
toute allure ! Très intéressant... Un autre âne ! Depuis
le temps que je n'en avais pas vu ! En effet, nous nous
trouvions à côté de son pré, et mon arrivée
l'intéressait également. Apparemment, les trois autres humains
que je ne connaissais pas encore devaient être les siens,
puisqu'ils entraient dans son pré, lui parlaient et le caressaient.
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Blandine et Matthieu m'ont présenté
Myrtille (c'est son nom, car en fait c'est une ânesse), très
mignonne
mais un peu chipie sur les bords. Je comprends que
comparé à elle j'aie l'air si calme ! Ils m'ont fait
rentrer dans son pré et m'ont enlevé le licol. Moi, je m'attendais
à tout, sauf à ça ! Je pensais qu'on partirait en
balade, car les montagnes et le paysage semblaient promettre de beaux chemins
à parcourir... Mais non, on restait là, et on s'installait,
même !
Myrtille, elle est jolie, un peu jeune pour moi
peut-être, mais jolie... D'un beau gris avec une petit crinière
bien droite et une croix brune bien dessinée sur le dos.
Quatre pieds bien d'aplomb, une silhouette élancée, deux
jolies oreilles, une petite tête toute fine et un regard coquin.
Dommage que je ne puisse pas m'engager plus
loin avec elle... Bon, enfin de toute façon, apparemment je
ne suis pas son genre, parce que dès qu'elle m'a vu chez elle, elle
s'est fâchée ! Les humains, ça les a
impressionnés, mais moi j'ai l'habitude : ce sont des maneuvres
d'intimidation, rien de plus. Remarquez, on ne peut pas lui en vouloir,
la pauvre, on lui amène un
inconnu chez elle, sans lui demander son avis, et il faudrait que je
devienne son meilleur ami en un clin d'oreille ?
Je n'ai pas insisté. Je l'ai laissée
tranquille et j'ai commencé à visiter. C'est grand ! C'est
en pente, mais il y a des paliers. Il y a des cailloux, plein de cailloux,
de la
terre, de l'herbe, des arbres... On a des voisins chiens (mais civilisés),
un abri, un abreuvoir magnifique... bref, c'est plutôt luxueux. Pour
me donner une contenance,
je me suis mis à brouter. Myrtille me surveillait du coin de
l'oeil, et les humains surveillaient Myrtille de loin. Elle s'approchait,
essayait de me faire peur... Mais moi,
vous me connaissez, même les chevaux ne m'impressionnent pas
avec leurs gros sabots, alors une gamine de deux ans... J'ai fais
mine de l'ignorer, et vous verrez
que bientôt elle sera collée à moi toute la journée.
D'ailleurs, nous avons joué à celui qui court le plus vite
: chacun à un étage, on faisait des allers-retours au galop
et
ça a bien amusé nos humains.
Nous aussi, ça nous a amusés un moment.
Mais n'empêche qu'elle ne me laissait toujours pas approcher de trop
près. je me demande bien de quoi elle avait peur.
Au bout d'un certain temps les humains sont partis,
et là, Myrtille est devenue beaucoup plus sympa. On a brouté
l'un près de l'autre un moment, et elle m'a un peu raconté
son histoire. Ses humains s'appellent Michel et Nathalie, et ils ont un
petit : Thomas. Elle les aime beaucoup et ils le lui rendent bien. Elle
habite là depuis cet
été, près de leur maison. Avant, elle était
avec sa mère dans un petit troupeau (mais j'ai l'impression que
depuis, elle a un peu oublié les règles de politesse !).
Elle
m'a averti que je n'avais pas intérêt à me mêler
de leur histoire. Je crois qu'elle ne veut pas avoir l'air de m'accepter
trop facilement, car elle est un peu jalouse que
ses humains me trouvent si gentil. Elle a peut-être peur qu'ils
me préfèrent ? Ils sont séduits par mon calme et ma
sagesse : je suis content d'avoir fait bonne
impression... Je crois qu'ils comptent un peu sur moi pour donner le
bon exemple à Myrtille. Je ferai ce que je pourrai, mais ça
ne va pas être facile !
Plus tard les humains sont revenus pour nous donner
du foin, et elle a recommencé son cinéma : Michel et Nathalie
sont très affectueux, mais Myrtille n'aime pas
qu'ils s'occupent de moi. Elle me chasse dès que je suis trop
près d'eux. C'est comme ça chaque fois qu'ils nous rendent
visite. Et dès qu'ils ne sont plus là, elle se
calme. Je pense que ça lui passera.
La nuit s'est passée sans incident, j'ai
simplement continué à garder mes distances. Quand elle en
aura assez, c'est elle qui viendra me touver. Et ensuite elle me
laissera peut-être participer aux calins sans broncher ?
Ce matin, nos humains sont revenus, et cette fois
ils avaient décidé de partir en promenade. Je me disais bien
que je n'étais pas là pour rien ! Mais je ne me plains
pas : ça faisait longtemps que je ne m'étais plus dégourdi
les jambes sur un bon sentier de randonnée. Blandine et Matthieu
m'ont mis le bât, pendant que Myrtille
nous regardait d'un air étonné, forcément : elle
n'avait jamais vu ça ! Puis nous sommes partis, moi devant avec
Blandine et Matthieu, et Myrtille derrière avec
Michel. Nathalie était restée pour s'occuper de Thomas
qui était malade. Myrtille ne portait pas de bât, c'était
sa première vraie grande balade, ça se voyait : elle
était tout excitée, elle sautillait partout et s'arrêtait
tout le temps pour manger ! Aucune éducation ! Au bout d'un certain
temps quand même, elle s'est calmée et elle a
bien marché, comme moi, sans trop faire la folle, pendant un
bon moment. Ca avait l'air de lui plaire, tous ces paysages. Elle courait
un peu dans les descentes en
traînant son humain derrière elle, mais il faut dire que
les descentes, c'est pas facile. A part ça, elle a été
d'une sagesse exemplaire sur les chemins à flanc de
montagne et les passages difficiles. Je pense qu'elle fera une bonne
ânesse de bât quand elle sera plus âgée et qu'elle
se sera un peu assagie. On a traversé une petite
rivière à gué et elle est passée sans rechigner
! De quoi tordre le cou à notre réputation d'ânes têtus
et entêtés ! Moi, en revanche, j'ai bu la tasse dans ce même
gué
car j'ai glissé sur une pierre et me suis retrouvé à
genoux, le nez dans l'eau. Rien de grave, mais j'ai éclaboussé
tout le monde et les sacoches ont pris l'eau... Blandine
a eu peur que je me sois fait mal... mais j'étais juste tout
trempé ! Et un peu honteux... Heureusement, Myrtille a été
sympa : elle n'a pas trop rigolé.
A la fin de la balade, on était tous un peu fatigués,
mais contents de nous. Myrtille et moi, on a eu chacun une carotte et plein
de caresses bien méritées. Je dois
avouer que pour une débutante elle s'est pas mal débrouillée.
Et le soir, Blandine et Matthieu sont partis. En
me laissant là ! Et Michel et Nathalie sont restés, avec
leur petit Thomas... Blandine et Matthieu n'avaient pas l'air
très tristes en me disant au revoir, donc j'imagine qu'ils vont
revenir, et que ce sont toujours eux mes vrais humains... En tout cas,
j'ai bien l'impression que je vais
habiter chez Myrtille pour un bon moment. Il va falloir que je l'apprivoise
pour de bon...